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“Notre histoire - Chroniques du Caire” d’Abu Bakr Shawky



The Stories Film austro-franco-égypto-belgo-suédois d’Abu Bakr Shawky (2025), avec Amir El-Masry, Valerie Pachner, Nelly Karim, Karim Kassem, Ahmed Kamal, Sabry Fawwaz, Sherief El Desouky, Hasan El-Adi, Amr Abed, Ahmed El Azaar, Khaled Mokhtar… 2h. Sortie le 1er juillet 2026.

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Valerie Pachner et Amir El-Masry



Il y a une permanence dans le cinéma du Moyen-Orient de la tradition des conteurs du temps jadis, mêlée à l’ombre écrasante de ce qui fut naguère l’une des industries les plus dynamiques de cette région. Notre histoire - Chroniques du Caire renoue avec ce passé prestigieux en mettant en parallèle le destin d’une famille avec celui de son pays, alors au tournant de son destin. Abu Bakr Shawky fait débuter cette saga en 1967, l’année où la Guerre des Six jours a modifié la donne dans cette région du monde et démontré aux pays arabes qu’il leur faudrait désormais compter avec leur petit voisin israélien. C’est dans ce contexte qu’Ahmed, passionné de piano dans une tribu qui adule le football, commence à échanger ses impressions et se états d’âme avec une correspondante autrichienne. Le film évoque ainsi cinq périodes clés dont l’assassinat du Président Anouar El Sadate, artisan de la paix devenu un martyr. Lui-même de double nationalité austro-égyptienne, le réalisateur révélé par Yomeddine (2018) et Hajjan (2023) signe là un film mâtiné d’autobiographie où il prend bon nombre de libertés avec la réalité afin de renforcer le caractère romanesque de son récit et de donner une épaisseur accrue aux membres de cette tribu méditerranéenne. Il y a d’ailleurs quelques emprunts remarquables à la comédie italienne dans ce portrait de groupe sensible et chaleureux.





C’est parce qu’il assume les conventions du mélodrame et a volontiers recours à l’humour qu’Abu Bakr Shawky imprime à son récit une indéniable valeur ajoutée. Il accorde ainsi une importance particulière aux personnages secondaires qui sont bien davantage que des silhouettes, des ombres voire de simples faire-valoir. Là encore, il renoue avec une solide tradition que renforce l’usage d’archives télévisuelles et radiophoniques qui contribuent à renforcer l’ancrage du film dans ses époques successives, comme le football constitue un signe de reconnaissance propice à un élan collectif patriotique. Né lui-même en 1985, le cinéaste se dissocie donc des personnages principaux qui ont en fait plutôt l’âge d’être ses parents, même si les anecdotes dont le film est truffé lui ont été racontées par des membres de sa famille, toutes générations comprises. La mise en scène s’appuie par ailleurs délibérément sur un contraste appuyé entre des espaces bondés où les corps ont du mal à se mouvoir sans se toucher et des gros plans omniprésents qui contribuent à accentuer la présence individuelle des personnages. Sur le plan esthétique, le film reprend la plupart des codes du cinéma populaire égyptien de l’âge d’or, à commencer par sa pratique du studio, avec un usage de la musique qui sert à joindre les différentes époques, dans la grande tradition des années 60 où les films étaient projetés dans de véritables temples païens où des milliers de spectateurs venaient pour communier et s’évader de leur routine quotidienne. C’est dans ces conditions exactes qu’il faudrait pouvoir vibrer aux grands sentiments de Notre histoire - Chroniques du Caire.

Jean-Philippe Guerand





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