Film franco-belge de Pauline Brunner et Marion Verlé (2026), avec Aloïse Sauvage, Thomas VDB, Alison Wheeler, Annie Mercier, Gilles Masson, Fabienne Galula, Clara Bretheau, Adèle Choubard, Louise Ribière, Yeelem Jappain, Joy Souque, Jean-Louis Barcelona, Aksel Ustun, Camille Saint-Martin, Christel Baras… 1h32. Sortie le 1er juillet 2026.
Alison Wheeler et Aloïse Sauvage
D’entrée de jeu, le premier film de Pauline Brunner et Marion Verlé s’inscrit dans une tradition britannique qui a fait ses preuves : la comédie sociale. La façon la plus efficace de faire rire ou sourire à partir d’un sujet qui devrait faire couler des larmes. Son personnage principal est une femme de ménage trentenaire employée dans une usine de Fécamp que l’échec de son récent mariage a laissée au bord de la misère. Alors, pour échapper à une chute inéluctable, elle prend une décision pour le moins radicale : participer à un concours de sirènes généreusement doté qui non seulement pourrait la renflouer si elle venait à le remporter, mais est de nature à donner un nouveau sens à sa vie étriquée. Miss Mermaid s’appuie sur un phénomène de société authentique auquel la cinéaste grecque Konstantina Kotzamani a récemment consacré un film présenté à Cannes dans la section Un certain regard, Titanic Ocean. L’enjeu est classique : la jeune femme se jette en immersion dans un monde inconnu qui l’aurait sans doute fait rêver quand elle était petite et lui permet adulte de retrouver foi en une vie qui ne l’a pas vraiment ménagée. La pratique du “mermaiding” qui consiste à s’affubler d’une queue pour se livrer à une version radicale de la natation synchronisée est d’ailleurs un phénomène qui en dit long sur le besoin d’évasion engendré par une société en perte de repères, notamment dans ce lieu où les perspectives professionnelles se limitent essentiellement au travail en usine et à la pêche en haute mer.
Aloïse Sauvage
La construction de Miss Mermaid s’inspire de ces films comme Les virtuoses (1996), The Full Monty (1997) ou Billy Elliot (2000) dans lesquels des personnages d’origine modeste trouvent un exutoire dans une activité inattendue qui va leur permettre de se laisser porter par un élan collectif jusqu’à ce point d’orgue que représente l’échéance qui a mobilisé tous leurs efforts. Avec cette valeur ajoutée que constitue le fait de redonner un sens à sa vie et de retrouver confiance et dignité en remplissant un objectif, aussi saugrenu puisse-t-il paraître. Le film coche toutes ces cases sans pour autant atteindre son objectif ultime en empruntant un itinéraire trop prévisible. Ce sujet singulier est pour Pauline Brunner, Marion Verlé et leur coscénariste Marie Eynard le prétexte à une étude de mœurs sur des “petites gens” d’une cité portuaire immuable comme le cinéma en prend rarement pour cadre. En l’occurrence ici une communauté plutôt solidaire que la précarité rend particulièrement vulnérable au moindre accident de la vie, ce qui incite les uns et les autres à se serrer les coudes. Une histoire touchante qui doit beaucoup à la personnalité de son interprète principale, la chanteuse et circassienne Aloïse Sauvage qui a subi une préparation physique et sportive intense pour pouvoir entrer dans les écailles de cette sirène. La comédienne a en outre tenu à inclure son personnage dans une vision à la fois queer et féministe par son refus des conventions et son besoin de s’affirmer en tant que telle dans un contexte plutôt traditionnel. C’est aussi l’une des forces de ce film prometteur qui fait passer des idées dans l’air du temps dans un esprit d’affranchissement et de bonne humeur.
Jean-Philippe Guerand




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