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“L’illusion de Yakushima” de Naomi Kawase



Yakushima’s Illusion Film japono-franco-luxembourgo-belge de Naomi Kawase (2026), avec Vicky Krieps, Kan’ichirō, Ojiro Nakamura, Misaki Nakano, Haruto Tsuchiya, Ukyo Yodoshi, Rei Okamoto, Midori Matsuo, Ryūtarō Nakagawa, Saori, Masatoshi Nagase, Ken Yamamura, Tetsu Hirahara, Hijiri Kojima, Yoshiaki Kameda, Mitsuki, Yasufumi Hayashi, Gō Rijū, Tomoko Nakajima, Machiko Ono, Kazuki Kitamura, Hubert Pelletier, Jean-Luc Vincent, Iris Monzini… 1h52. Sortie le 17 juin 2026.



Kan’ichirō et Vicky Krieps



Personnalité atypique du cinéma japonais, Naomi Kawase cisèle un cinéma intimiste qui oscille régulièrement entre documentaire et fiction, tout en se nourrissant de petits riens. Grâce au Festival de Cannes qui la soutient depuis sa Caméra d’or obtenue pour Suzaku, en 1997, à la veille de ses 28 ans, ce qui en fait la plus jeune lauréate de ce trophée. Au point de lui avoir peut-être accordé une importance démesurée en la sélectionnant à sept autres reprises, elle a acquis ainsi une notoriété internationale un rien disproportionnée qui lui a aussi valu de recevoir le Carrosse d’Or en 2009 et de siéger au jury en 2013 et 2016. Une fois n’est pas coutume, c’est à Locarno qu’elle a présenté son dernier opus en date, L’illusion de Yakushima, dans lequel elle dirige pour la première fois une actrice occidentale, en l’occurrence la Luxembourgeoise Vicky Krieps. Celle-ci y incarne une coordinatrice française de transplantations cardiaques pédiatriques à l’hôpital de Kobé, en se battant pour faire évoluer les mentalités et trouver plus de donneurs dans un pays où cette pratique reste encore un tabou. Alors qu’elle veille sur des enfants en attente de greffe cardiaque, son compagnon japonais, un photographe originaire de l’île de Yakushima, disparaît mystérieusement du jour au lendemain.



Vicky Krieps



Naomi Kawase entremêle deux sujets de société dont celui des “Johatsu”, ces quelque quatre vingt mille Japonais qui s’évanouissent chaque année dans la nature au Pays du Soleil levant. Avec ce film, elle a aussi voulu témoigner de l’état d’esprit de son pays au lendemain de la pandémie de Covid-19 et mettre en évidence un malaise endémique. Le personnage campé par Vicky Krieps se trouve ainsi confronté à une double crise simultanée qui la renvoie à elle-même et à la place qu’elle occupe dans ce monde qu’elle ne comprend pas toujours, faute d’en maîtriser tous les codes. Il s’agit sans doute là du film le plus narratif de la réalisatrice qui accorde une importance particulière à cette Européenne confrontée à une civilisation dont elle continue à explorer les contradictions et les paradoxes, mais à laquelle il apparaît qu’elle restera à jamais étrangère. La comédienne s’empare de son rôle avec sa générosité coutumière, notamment face à son partenaire qu’incarne Kan’ichirō Satō, et réussit à lui donner une épaisseur psychologique qui sert son personnage dans son attitude par rapport à un contexte parfois déroutant, surtout de notre point de vue de spectateurs européens. Reste qu’il s’agit sans doute là d’un des films les plus convaincants de cette cinéaste japonaise qui peine trop souvent à fendre l’armure.

Jean-Philippe Guerand







Vicky Krieps, à droite

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