Film d’animation français de Quentin Dupieux (2026), avec Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier, Jean-Marie Winling… 1h07. Sortie le 10 juin 2026.
Jonathan Cohen et Alain Chabat
Devenu un cinéaste culte depuis le succès-surprise de Yannick (2023), Quentin Dupieux tourne sans se retourner, désormais au rythme de deux films par an, mais sur une durée qui n’excède guère les soixante-quinze minutes. Il présentait cette année ses deux derniers opus à Cannes : Full Phil en séance de minuit et Le vertige en clôture de la Quinzaine des cinéastes. Il s’essaie dans le dernier de ces films à l’animation en s’inspirant de certains jeux vidéo dont la technique approximative donnait parfois l’impression que certains personnages passaient outre les limites d’un décor dont ils manquaient de traverser les murs, à commencer par “Les Sims”, simulation sortie il y a tout juste un quart de siècle. Dupieux joue de cette forme imparfaite qui a nourri les souvenirs de bien des joueurs de cette génération pour raconter l’histoire de deux amis qui se mettent à douter de la réalité du monde dans lequel ils évoluent. Le réalisateur retrouve à cette occasion l’un de ses interprètes fétiches, Alain Chabat qu’il a déjà confronté à des questions existentielles dans des films comme Réalité (2014), Incroyable mais vrai et Fumer fait tousser (2022), en lui confiant… le cri de la victime dans Au poste ! (2018). C’est à lui que revient ici la responsabilité de convaincre ses partenaires qu’ils évoluent dans un univers parallèle où tout n’est qu’artifice, à commencer par les décors qui les entourent. Cette illusion est l’effet de prises de vues réelles avec capture de mouvement, transformées ensuite en 3D à l’aide du logiciel libre Blender qui démocratise les effets spéciaux et l’animation.
Alain Chabat et Jonathan Cohen
L’atout principal du film est le travail auquel il se livre sur les visages de ses protagonistes confrontés à une authentique crise existentielle comparable à celle qu’endure le héros de The Truman Show. Malgré les performances vocales irrésistibles d’Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier, on peut déplorer légitimement que Dupieux n’ait pas accordé davantage de soin à son scénario qui, passé l’effet de surprise de sa mise en place, a une fâcheuse tendance à tourner à vide et s’achève de façon assez arbitraire. Un tel sujet pouvait donner lieu à un objet cinématographique dans l’esprit du surréalisme. Le film se garde bien de proposer une alternative satisfaisante ou de hasarder un semblant d’explication à cette situation qui montre la remise en question d’un univers par ceux qui le peuplent et commencent à s’y sentir à l’étroit, en suspectant qu’une puissance invisible les manipule. Hypothèse vertigineuse (c’est le cas de le dire !) qui restera à l’état de concept. D’un sujet ambitieux qui ravira les gamers nostalgiques d’une certaine approximation, le réalisateur tire un film qui ne va jamais au-delà de son postulat de départ et finit par tourner à vide faute de carburant scénaristique. On en sort avec une grande frustration et le sentiment d’une paresse à laquelle ne nous a pas habitué Dupieux jusqu’alors. Comme s’il s’était trouvé confronté à une panne d’inspiration au milieu du gué et n’était pas vraiment parvenu à y remédier. Dommage !
Jean-Philippe Guerand




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