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“Le garçon qui faisait danser les collines” de Georgi M. Unkovski



DJ Ahmet Film macédono-tchéco-serbo-croate de Georgi M. Unkovski (2025), avec Arif Jakup, Agush Agushev, Dora Akan Zlatanova, Aksel Mehmet, Selpin Kerim, Atila Klince, Elhame Bilal, Metin Ibrahim, Adem Karaga, Nadži Šaban, Din Ibrahim, Erdoan Maksut… 1h39. Sortie le 3 juin 2026.



Arif Jakup et Agush Agushev



Voici sans doute le plus improbable des biopics. Une histoire vraie comme le cinéma les affectionne et en tire régulièrement des Feelgood Movies à but lucratif. Le conte de fées d’un gamin des montagnes de Macédoine du Nord doté d’une voix de rêve qui va finir par s’imposer comme… rappeur sous le pseudo de DJ Ahmet, à la suite d’un concours de circonstances rocambolesque comme la vie en a parfois le secret. L’originalité du film consiste à se concentrer sur ce qui va amener ce jeune pâtre aux portes de la gloire, sans vraiment réaliser tout à fait à quoi ressemble le monde auquel il accède et les contraintes auxquelles il va devoir se plier pour remplir un cahier des charges qui n’a que peu à voir avec son don. Derrière son titre lyrique sinon pompeux, Le garçon qui faisait danser les collines est la plus improbable des Success Stories. Georgi M. Unkovski y va au bout de son rêve de cinéma sans autre objectif que de raconter le miracle d’une transcendance improbable qui aurait pu rester ignorée : celle d’un berger que la découverte d’une rave party va révéler à lui-même en lui indiquant la route à suivre, même si ses codes lui sont totalement étrangers. Son seul trésor réside dans sa voix dont il ne soupçonne pas où elle peut le mener. L’originalité du film consiste à montrer comment un jeune homme au destin tout tracé va décider de le faire dévier pour rompre avec une tradition qui se perpétue de génération en génération, sans qu’aucun de ses prédécesseurs ne semble jamais s’être posé la question d’influer sur sa destinée en s’emparant de ses rênes afin de creuser son propre sillon. Le réalisateur adopte délibérément la forme du conte initiatique en montrant comment le libre-arbitre peut remettre en cause les traditions apparemment les plus solidement enracinées.



Dora Akan Zlatanova



Le héros malgré lui de ce film est un campagnard qui vit loin du bruit et de la fureur de la ville sans se poser davantage de questions sur la place qui est la sienne dans un monde dont il ne connaît qu’une portion minuscule. L’irruption dans ce monde clos d’accro de musique techno en quête d’un espace isolé où se défouler lui ouvre d’un coup de nouvelles perspectives. Et c’est précisément ce déclic qui intéresse davantage le réalisateur que ses conséquences à plus long terme. Il prend en cela le contrepied de tous ces films qui décrivent des personnalités en route vers la gloire et laisse une large place à l’humour, notamment à travers un chœur féminin qui commente l’action de ses remarques frappées au coin du bon sens. Cet aboutissement devient en fait inéluctable, mais c’est une conjonction de circonstances qui va le favoriser. Dès lors, il apparaît inutile de montrer tout ce qu’on pressent. Trop de films s’y sont déjà employés. En éludant cette marche triomphale, Unkovski manifeste là un signe de maturité d’autant plus intéressant que, même s’il y a consacré cinq ans de sa vie, notamment en raison du confinement, il affirme une maîtrise incontestable de son sujet, sans se sentir obligé pour autant d’en débiter les clichés de circonstance. Son protagoniste possède certes un don, mais il manifeste surtout une fraîcheur et une capacité d’émerveillement qui font toute la différence face aux perspectives qu’incarne un univers mercantile dominé par le calcul, le cynisme et autres plans de carrière. En arrêtant son histoire avant qu’elle ne soit percutée par le réel, le réalisateur préserve l’innocence de son héros autant que la capacité d’empathie du spectateur. C’est même ce qui donne son caractère si particulier à ce Garçon qui faisait danser les collines, pas encore tout à fait devenu DJ Ahmet.

Jean-Philippe Guerand






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