Film franco-belge d’Antonin Baudry (2025), avec Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur, Benoît Magimel, Loïc Corbery, Anamaria Vartolomei, Niels Schneider, Karim Leklou, Tom Mison, Kacey Mottet Klein, Grégoire Colin, Pablo Cobo, Campbell Scott, Mathieu Kassovitz, Félix Kysyl, Maxime Bailleul, Chaïm Feroleto, Daniel Betts, Anthony Calf, Thierry Lhermitte, Pip Torrens, Stephen Campbell-Moore, Noémie Schmidt, Janis Ahern, Soufiane El Khalidy, Alice de Lencquesaing, Tom Pannetier… 2h40. Sortie le 3 juin 2026.
Simon Abkarian
Certaines figures historiques semblent effrayer le cinéma. Charles de Gaulle a longtemps été représenté comme une silhouette familière confiée à son sosie officiel, Adrien Cayla-Legrand, qui lui a prêté ses traits à une demi-douzaine de reprises, de Martin soldat (1966) de Michel Deville au Bourreau des cœurs (1983) de Christian Gion en passant par L’armée des ombres (1969) de Jean-Pierre Melville et Chacal (1973) de Fred Zinnemann. Quelques productions télévisées s’étaient toutefois frottées à sa figure que Lambert Wilson a incarné au cinéma dans De Gaulle (2020) dont la carrière a été perturbée par la pandémie de Covid-19. Gabriel Le Bomin s’y concentrait sur les mois de mai et juin 1940. Antonin Baudry traite lui des années de guerre, en l’occurrence de la période 1940-1942 dans La bataille de Gaulle - L’âge de fer, puis des années 1943 et 1944 dans La bataille de Gaulle - J’écris ton nom qui sortira le 3 juillet. Il quitte la sphère de l’intime pour aborder la dimension historique de ce destin, à travers les événements qui ont ponctué cette période au fond assez oubliée. Auteur de la BD qui a inspiré à Bertrand Tavernier Quai d’Orsay (2013) et passé lui-même à la réalisation avec Le chant du loup (2018), Antonin Baudry s’y appuie sur le livre “De Gaulle : une certaine idée de la France” (Seuil, 2019) de l’historien britannique Julian T. Jackson. Cette fresque en deux parties vient donc combler un manque étrange en s’attachant aux années de guerre du général de Gaulle dont le titre fait résonner le nom avec la Gaule pour mieux souligner l’ampleur de son destin. Quant à l’âge de fer dont il est question, c’est sa vision personnelle de cette période qui ne pourra être suivie que d’un nouvel âge d’or.
Le film s’attache à cette période méconnue au cours de laquelle de Gaulle a œuvré depuis son exil londonien à réunir les Français qui refusaient de se soumettre au Régime de Vichy et à poser les bases de la résistance intérieure. On y voit l’officier droit dans ses bottes qui élabore des stratégies audacieuses, notamment en appuyant sa reconquête sur l’empire colonial français en Afrique. Simultanément, le film s’attache à un lycéen patriote qui tente de mobiliser sa génération contre l’Occupant, rôle qui révèle en Florian Lesieur un talent en devenir. Le propos géopolitique du film s’avère d’autant plus passionnant qu’il permet de contextualiser les études de mœurs consacrées à cette époque, à travers le prisme de cette fracture fondamentale. Simon Abkarian s’empare du personnage dont il assume le caractère parfois hautain sinon arrogant, à l’instar de cette scène où il se trouve confronté à un général quatre étoiles devant lequel il refuse de se mettre au garde-à-vous comme l’exige le protocole, mais aussi de ses rapports houleux avec Winston Churchill et de cette scène où ils conversent par interprètes interposés et finissent par les chasser en raison de leur imprécision. Antonin Baudry contourne les figures imposées du biopic et surtout évite de tomber dans le piège de l’hagiographie, tout en traitant d’un contexte compliqué où l’armée française atteinte de schizophrénie entretient avec ses alliés des relations à géométrie variable, à l’instar du retournement de veste incroyable de l’amiral Darlan que campe Mathieu Kassovitz. Dès lors, ce film ambitieux jusqu’à l’épique remplit son cahier des charges et comble une lacune étrange de notre récit national sur un registre trop rarement investi par le cinéma français, en mettant en scène ces figures iconiques que sont les généraux Leclerc et Koenig, mais aussi Jean Moulin ou René Pleven. On peut considérer qu’à huit décennies de distance, il était plus que temps d’évoquer cette période troublée dont nous sommes tous les héritiers. C’est chose faite et bien faite avec un souci pédagogique qui ne néglige pour autant jamais l’aspect spectaculaire du cinéma et s’offre même quelques séquences d’anthologie, à l’instar de la bataille de Bir Hakeim.
Jean-Philippe Guerand




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