Film d’animation franco-belge de Phuong Mai Nguyen (2026), avec (voix) Lyna Khoudri, Paul Kircher, Rio Vega, Birane Ba, Gauthier Battoue… 1h31. Sortie le 1er juillet 2026.
L’animation est désormais devenu un vaste laboratoire à idées dont l’audience s’est considérablement élargie. Elle puise son inspiration aux sources les plus diverses et rend accessibles des rêves qui s’avéreraient trop coûteux selon les critères du cinéma traditionnels malgré les possibilités presque illimitées du numérique. In Waves est l’adaptation du premier roman graphique de l’illustrateur américain AJ Dungo (Casterman, 2019) qui y relate la mort de sa compagne surfeuse. Un exorcisme créatif qu’a repris à son compte la réalisatrice Phuong Mai Nguyen dans son premier long métrage. Elle applique à cette tragédie un traitement qui s’impose à la fois par la fluidité de son graphisme et la richesse de sa gamme chromatique. Malgré un sujet très grave, ce film magnifique propose une réflexion intelligente sur la perte d’un être cher, à partir des souvenirs personnels de son auteur, mais aussi des photos et des vidéos qu’il a partagées avec la réalisatrice pour que son héroïne ressemble vraiment à celle qui l’a inspirée. Résultat, une chronique délicate et funèbre qui célèbre deux activités sportives emblématiques d’une certaine idée de la liberté mais aussi de la rébellion : le skate et le surf. Comme le souligne justement son titre qui se réfère aux vagues, à la fois alliées et ennemies, cette immersion parmi une communauté particulièrement codée que le cinéma n’a su montrer que dans quelques films catastrophe ou avec le polar devenu culte de Kathryn Bigelow Point Break : Extrême Limite (1991) célèbre cette marginalité comme un acte ultime d’affranchissement face aux valeurs traditionnelles.
Au-delà de son sujet solidement enraciné parmi la communauté californienne des surfeurs, In Waves constitue une sorte de célébration de la période soixante-huitarde et de la multitude de rêves de liberté qu’elle a pu engendrer pendant un demi-siècle avant de se retrouver percutée par une réalité plus prosaïque et moins idyllique. Cet épicentre de tous les excès a fini par devenir aujourd’hui la capitale mondiale de la Tech, avec ces hordes de bons petits soldats du capitalisme au service des nouvelles technologies, de l’informatique, du numérique et de l’intelligence artificielle. L’histoire d’amour que relate le film de Phuong Mai Nguyen est donc semblable à une bulle de fraîcheur et d’innocence qui éclaterait définitivement en condamnant les rêves de cette génération qui s’est trahie elle-même. C’est en cela un film qui va bien au-delà de son simple sujet pour atteindre à une universalité poignante à travers des destinées individuelles balayées par une époque sans pitié. Au-delà de la description d’une des activités sportives les plus souvent associées à la liberté et au dépassement de soi, cette étude de mœurs subtile et délicate n’évite aucun des écueils inhérents à son sujet. La réalisatrice a réussi pour cela à mélanger à l’esprit originel de l’œuvre qu’elle a portée à l’écran à une interprétation personnelle de certaines de ses caractéristiques esthétiques et visuelles. Elle a choisi pour cela de privilégier une composante essentielle qu’elle traite à sa façon et dont le titre souligne l’importance déterminantes : ces vagues qui portent les surfeurs, tout en étant à la fois leurs plus sûres alliées et leurs pires ennemis, selon le parti qu’ils parviennent à en tirer. Une idée poétique qui entraîne ce beau film dans une autre dimension, en montrant des sensations dont des images en prises de vues réelles auraient peiné à approcher l’intensité.
Jean-Philippe Guerand




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