Erupcja Film américano-polonais de Pete Ohs (2025), avec Charli XCX, Lena Góra, Will Madden, Jeremy O. Harris, Agata Trzebuchowska… 1h11. Sortie le 24 juin 2026.
Charli XCX
Au cours d’un séjour en amoureux à Varsovie avec son petit ami, une Britannique retrouve une fleuriste avec qui elle a naguère vécu une liaison volcanique. Ailleurs, un réveil de l’Etna perturbe la circulation aérienne au cœur de l’Europe. Éruption répond sans doute très exactement au fantasme que se font les réalisateurs américains du cinéma d’auteur à l’européenne. Pete Ohs a d’ailleurs conçu son cinquième long métrage en compagnie d’une figure emblématique de la scène pop contemporaine qui a écrit et produit ce film dont elle tient le rôle principal : Charli XCX, bientôt à l’affiche des nouveaux opus de Gregg Araki, Romain Gavras, Dakota Johnson et Takashi Miike. Sous ses allures de chronique, cette brève rencontre est le prétexte à une comédie de mœurs plutôt touchante dont la modestie cadre parfaitement avec son ambition. Une bonne partie de son charme provient de sa genèse. En effet, le scénario est le fruit d’un travail collectif du réalisateur avec ses interprètes qui explique la fraîcheur et la spontanéité de leurs relations et de leurs réactions. Si éruption il y a, c’est d’abord ici celle des sentiments dont il est question.
Charli XCX et Will Madden
Pete Ohs exploite à merveille son décor avec lequel il a pris soin de se familiariser pendant une année et a en outre la bonne idée de le filmer en adoptant le regard de ses personnages, un couple en villégiature dont on découvre qu’il n’est pas tout à fait au diapason, elle se trouvant en pèlerinage sur les traces de son passé amoureux, là où lui découvre cette ville étrangère avec un regard de touriste. On pourra d’ailleurs s’amuser à comparer l’image que donne Éruption de la Pologne avec deux autres films tournés récemment dans ce pays par des réalisateurs étrangers : A Real Pain de Jesse Eisenberg et Voyage avec mon père de Julia von Heinz dont les regards étaient délibérément altérés par le filtre du passé. Tout l’intérêt du film vient du fait qu’il repose sur une sorte d’écriture automatique où chaque situation fonctionne comme une fenêtre ouverte vers de nouvelles possibilités. Et même si l’intrigue s’appuie sur une sorte de parcours fléché, elle n’emprunte pas toujours l’itinéraire le plus évident. Et c’est là où interviennent la personnalité des interprètes et surtout leurs interactions créatives parfois surprenantes. Résultat, une bluette qui rompt avec trop de films stéréotypés, mais ne donne jamais non plus le sentiment de laisser libre cours à l’improvisation. Une expérience tonique et rafraîchissante.
Jean-Philippe Guerand




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