Film américain de Steven Spielberg (2026), avec Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth, Colman Domingo, Eve Hewson, Wyatt Russell, Tommy Martinez, Henry Lloyd-Hughes, Jim Parrack, Jeremy Shamos, Elizabeth Marvel, Hettienne Park, Michael Gaston, Gabby Beans, Tom Johnson, Elliot Villar, Swanmy Sampaio, Chris Silcox, Noah Robbins… 2h25. Sortie le 10 juin 2026.
Josh O’Connor
Avec The Fabelmans (2022), film profondément autobiographique qui imbriquait sa passion dévorante pour le cinéma avec une vie de famille mouvementée qui a irradié son œuvre, Steven Spielberg avait pu donner l’impression de vouloir mettre un point final à son œuvre. Il revient quatre ans plus tard à l’un de ses sujets de prédilection : les extra-terrestres. Des individus qui ne se connaissent pas décident un jour de rompre le silence qui les étreint et d’entrer en contact les uns avec les autres pour se délivrer d’un trop lourd secret que les autorités les ont toujours empêchés de divulguer au reste du monde sous l’effet d’une paranoïa aiguë entretenue par la Guerre froide. Disclosure Day confirme après Rencontres du troisième type (1977) et E.T., l’extra-terrestre (1982) que Spielberg a une vision résolument positive de ces êtres étranges venus d’ailleurs que le cinéma a eu plutôt une fâcheuse tendance à décrire comme une menace pour l’humanité, en alimentant les plus folles élucubrations. Un hasard providentiel fait coïncider la sortie de son nouveau film avec la déclassification par le Pentagone de 162 dossiers d’OVNI, le 8 mai dernier, sous prétexte de permettre aux Américains de se faire une idée plus précise de ces phénomènes paranormaux dont l’acte fondateur reste la fameuse créature de Roswell. Personne n’aurait pu rêver meilleur teasing que cette décision saugrenue prise par Donald J. Trump sous prétexte de répondre à une attente de ses électeurs Maga, mais sans doute plus encore pour donner un os à ronger aux accro frustrés par les révélations concernant l’affaire Epstein dans laquelle le président américain est impliqué. La réalité rejoint donc la fiction autour d’événements qui ont alimenté bien des fantasmes depuis huit décennies à partir d’images virales montrant des êtres décharnés aux yeux disproportionnés tentant d’établir la communication avec les humains.
Colin Firth
L’angle choisi par Steven Spielberg est celui de ces témoins réduits au silence qui considèrent de leur devoir de partager un secret écrasant avec leurs compatriotes afin de mettre un terme aux supputations les plus folles nées d’images dont personne ne peut garantir l’authenticité. Le réalisateur a confié l’adaptation de cette histoire au scénariste vedette David Koepp avec qui il collabore pour la sixième fois depuis Jurassic Park (1993). C’est bardé de son innocence de toujours que Spielberg va une fois de plus jusqu’au bout de son rêve dans Disclosure Day, en partant du principe que les autorités américaines dissimuleraient depuis des décennies à leur population le fait que des extra-terrestres se seraient effectivement manifestés en éclaireurs à plusieurs reprises dans des lieux isolés afin d’y entrer en communication avec les Terriens. Ils leur auraient transmis à ces occasions des informations classées confidentielles défense par les autorités, sous couvert de ne pas perturber l’humanité en suscitant des mouvements de panique incontrôlables. Ces êtres isolés du reste des vivants et placés sous surveillance rapprochée ont hérité de ces rencontres d’un type indéterminé des pouvoirs inexpliqués, qu’il s’agisse de la pratique d’un langage incompréhensible, d'une communication mystérieuse avec les animaux ou d’un pouvoir d’invisibilité qui donne lieu à l’une des rares scènes d’anthologie d’un film qui joue davantage sur l’émotion que sur le spectaculaire. Ces élus malgré eux sont devenus en fait les ambassadeurs de ces visiteurs venus d’ailleurs qui leur ont transmis des bribes de leur savoir, en prévision d’un débarquement ultérieur massif redouté comme une menace voire une agression par les leaders terriens.
Colman Domingo
Le film se concentre autour de deux protagonistes sous haute surveillance qui ne se connaissent pas, mais vont mettre leurs efforts en commun pour révéler au reste de l’humanité ce qu’ils savent en rassemblant leurs semblables pour un jeu de la vérité à leurs risques et périls. Un véritable secret d’État cadenassé par le FBI et la CIA afin d’éviter des troubles éventuels voire une panique généralisée. Une fois de plus, Spielberg prend le parti des rêveurs et des optimistes pour décrire le processus qui conduit ces témoins trop longtemps contraints au silence à passer outre les consignes pour révéler ce qu’ils savent au reste de la population. Avec en prime ce sens du partage qui caractérise son cinéma et va à l’encontre de la tradition hollywoodienne des blockbusters catastrophistes. Disclosure Day distille en cela un charme délicieusement rétro qui constitue par son climat paranoïaque un hommage à la science-fiction des années 50 devant laquelle a grandi le cinéaste. Il a tenu à faire appel pour ce film si particulier à l’un de ses plus vieux complices, le compositeur John Williams qui manifeste une fois de plus son inspiration hors pair, à… 94 ans ! Avec ultime cette coquetterie qui consiste pour Spielberg à arrêter son film sur cet avertissement prononcé par une miss météo retransmise en mondovision : “ Nous ne sommes pas seuls. ” Une théorie à laquelle Spielberg continue à s’accrocher.
Jean-Philippe Guerand





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