Minions & Monsters Film d’animation américano-français de Pierre Coffin (2026), avec (voix) Pierre Coffin, Christophe Waltz / Alexandre Astier, Trey Parker / David Marsais, Jesse Eisenberg / Laurent Poitrenaux, Jeff Bridges / Jacques Weber, Allison Janney / Camille Cottin, Zoey Deutch, Amy Sedaris… 1h29. Sortie le 24 juin 2026.
Des Minions, eux-mêmes issus de la saga Moi, moche et méchant, on croyait tout savoir ou presque. Il n’en était rien et c’est leur inventeur en personne qui prend aujourd’hui seul les rênes de cette franchise pour nous raconter leur carrière cinématographique à l’âge d’or des studios. L’imagination de Pierre Coffin n’a aucune limite et il le prouve en remontant aux origines improbables de ces petits bonshommes jaunes qui s’expriment par sa voix en accolant des mots aux sonorités évocatrices au fil desquels on reconnaît des noms familiers mais le plus souvent saugrenus (Zidane-Mbappé, par exemple). Le délire est total, le résultat est loufoque. En toile de fond, Des Minions et des monstres décrit ce tournant de la fin des années 1920 au cours duquel le cinématographe est vraiment devenu une usine à rêves où tout semblait possible qu’a décrit Damien Chazelle avec davantage de crudité dans Babylon. Alors que la marque avait eu une fâcheuse tendance à se reposer sur ses lauriers, elle connaît aujourd’hui un regain aussi salvateur qu’inespéré. Et pour la première fois aux commandes en solo, Pierre Coffin prend un malin plaisir à égrener ses références : le génie burlesque de Charlie Chaplin à travers le travail à la chaîne des Temps modernes, Buster Keaton, Harold Lloyd, mais aussi Citizen Kane et Casablanca. Il va même jusqu’à enfermer George Lucas dans une cage de verre. Comme une divinité coupée du monde des vivants ou l’un de ces jouets collectors qu’on entoure de toutes les attentions afin de préserver leur intégrité.
Des Minions et des monstres donne un sacré coup de booster à une saga qui commençait à se répéter pour une raison évidente : le méchant de service, notamment le fameux Gru, devenait trop rapidement inoffensif. Sans doute même davantage que son armada de zélotes dont le principal ennemi était en fait… leur bêtise à l’origine de bien des catastrophes. L’explication en est sans doute que les Minions visait un très jeune public et en a séduit un beaucoup plus vaste par la multiplicité de ses niveaux de lecture. Ces petites créatures jaunes aussi semblables que multiples constituent un mystère bien gardé, ne serait-ce que par leur mode de communication dont on perçoit mystérieusement le sens, sans en saisir pour autant un sabir constitué d’associations de mots et de sonorités saugrenus. Un principe à l’origine de leur succès universel que le studio français a élevé à un niveau de sophistication à toute épreuve. Ce nouvel opus prend le parti d’être plus narratif, notamment à travers son immersion dans les arcanes d’Hollywood, mais qu’importe qu’on saisisse ou non ses références et ses clins d’œil abondants. Il fonctionne sur le même principe que ces albums d’Astérix dont on découvre les subtilités cachées au fur et à mesure qu’on grandit, sans que cela n’altère en rien notre plaisir. Plus que jamais, le film de Pierre Coffin est à géométrie variable et peut se savourer en tant que tel à n’importe quel âge. Par l’abondance de ses références et de ses citations, cet opus mérite en outre d’être vu et revu pour en saisir les moindres subtilités et découvrir ses cadeaux cachés au détour d’une scène voire d’un plan. Y compris au cours du générique de fin qui nous gratifie de deux séquences supplémentaires. Et non des moindres.
Jean-Philippe Guerand




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