Documentaire américain de Tony Benna (2025), avec André Ricciardi, Lee Einhorn, (voix) Kyan Khojandi… 1h27. Sortie le 1er juillet 2026.
C’est l’histoire d’un type qui rit de tout et a l’enthousiasme partageur. Tout est prétexte à plaisanter pour ce producteur californien respecté. Alors quand ce publicitaire en vue refuse de se soumettre à la coloscopie qui lui est prescrite à titre de dépistage préventif, ça ne fait rire que lui sur lequel plane une menace désormais léthale. Du coup, difficile de le prendre au sérieux. Surtout quand, le jour où ses analyses sont négatives et laissent entrevoir le spectre d’une maladie terrible, loin de paniquer, il prend son mal en patience, accepte des traitements de plus en plus contraignants et ne doit qu’aux réactions de son entourage de faire mine de se soumettre à la batterie d’examens que justifient ses analyses. André Is an Idiot débute comme le énième portrait d’un plaisantin iconoclaste qui fait bien peu de cas du bon goût et des usages conventionnels. Jusqu’au moment où le documentaire bascule dans une autre dimension qui prend de cours tout le monde, le réalisateur comme son sujet. Le portrait est dès lors percuté par une sorte de compte à rebours dont personne ne peut mesurer la durée. Ce film sur la vie est traversé par l’imminence de la mort qui va la changer en destin, avec aussi quelques pastilles d’animation. Et c’est là que le personnage se révèle comme un être exceptionnel qui accepte cette fatalité sans paniquer et s’offre même le luxe d’en plaisanter avec une certaine dérision. Notre homme s’appelle André Ricciardi. C’est un parfait inconnu sur cette rive de l’Atlantique, une authentique vedette aux États-Unis où il appartient à la catégorie des personnalités médiatiques qui nous sont familières sans qu’on sache toujours pourquoi. Né en 1968, mais trois mois après mai, ce drôle de type est mort le 21 décembre 2023 et ce film est devenu son testament autant qu’un remède à l'inconscience et à la mélancolie.
Lauréat du prix du public au dernier festival de Sundance dans la catégorie des documentaires américains et du prix Jonathan Oppenheim du meilleur montage décerné à Parker Laramie, André Is an Idiot devient une véritable leçon de vie par l’attitude et les propos de cet homme hirsute et négligé qui adopte une position tellement déconcertante par rapport à une issue inéluctable vis-à-vis de laquelle il s’est montré négligent, mais en assume toutes les conséquences sans se dérober face à ses responsabilités. D’un coup, cette chronique d’une mort annoncée qui ne nous cache rien des stigmates physiques qui le rongent adopte un caractère universel qui emporte tout sur son passage, à commencer par les réticences que pourraient justifier à la fois son sujet et l’attitude d’un protagoniste qui assume son statut de cobaye pour transformer ses derniers moments en une improbable leçon de résilience d’où sont exclus la panique, les lamentations, la rancœur et les remords. André a pu céder à la négligence et à l’égarement, mais il est loin d’être suicidaire. Et s’il peut paraître inconscient par son refus d’assumer la réalité de son cancer du côlon, c’est à tout le moins un idiot utile qui nous lègue avec ce film une force vitale incomparable. Le documentaire impressionniste que lui consacre Tony Benna devrait être remboursé par la sécurité sociale, tant il est source de joie, d’enthousiasme, de folie et aussi de sagesse et de réflexion morale et existentielle. Par ailleurs, la présence vocale de Kyan Khojandi dans la version française apporte une indéniable valeur ajoutée à cet objet filmique surgi de nulle part.
Jean-Philippe Guerand




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