Film français de Laurent Slama (2025), avec Agathe Rousselle, Alex Lawther, Suzy Bemba, Jonas Bachan, François de Brauer, Inès Melab, Grégoire Isvarine, Jewerl Ross, Élise Tilloloy, Xiaoxing Chen, Zoé Besmond de Senneville, Gabriel Tur… 1h18. Sortie le 10 juin 2026.
Agathe Rousselle
Le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, une jeune femme court d’un endroit à l’autre pour guider des touristes vers des locations meublées et assurer leur maintenance et leur conciergerie. Malgré l’effervescence qui s’empare de la ville, une surveillance renforcée et des déplacements interurbains de plus en plus compliqués. Il y a pile un an, Valentine Cadic décrivait dans Le rendez-vous de l’été les mésaventures d’une jeune Normande venue assister aux compétitions de natation et renouer avec sa demi-sœur perdue de vue. Le propos d’A Second Life est quelque peu différent. Après deux longs métrages (Paris est à nous-2019 et Années 20-2022) signés d’un pseudonyme bergmanien, Elisabeth Vogler, Laurent Slama attribue cette identité à son personnage principal que ses fonctions conduisent à sillonner sans relâche cette cité qui se met à vibrer d’un seul élan à l’approche d’un événement mondialisé. Les unités de temps et de lieu servent à merveille ce portrait d’une jeune femme au bord de la crise de nerfs et en proie à une audition défaillante dont la mise en scène tire un parti pris très habile. Révélée par Julia Ducournau dans Titane, Agathe Rousselle trouve en outre là le rôle le plus intéressant de sa carrière. De l’audace, il en fallait une bonne dose pour situer l’action d’un film le temps de cette journée pas comme les autres et réussir à montrer la frénésie qui monte peu à peu et unit ces individus dans un même élan collectif.
Agathe Rousselle et Suzy Bemba
Ce film tourné sans autorisations administratives réussit à passer outre un impondérable que personne n’avait vraiment prévu : les trombes d’eau qui se sont abattues sur Paris ce soir-là et ont donné aux festivités un cachet inoubliable. Or… il ne tombe pas une seule goutte de pluie dans A Second Life, mais là n’est pas l’essentiel. Lui-même à la caméra, le réalisateur ne quitte pas d’un pas son personnage féminin dont il décrit le désarroi face à une situation qui finit par la submerger en lui faisant perdre ses repères à un moment crucial de son existence. Laurent Slama filme à merveille ce glissement progressif, tout en montrant comment son personnage va se trouver embarqué dans une histoire à laquelle il n’était pas préparé. Le charme du film doit beaucoup à cette irruption de l’inattendu dans un contexte où tout semble balisé. C’est dire la confiance que le réalisateur accorde à son dispositif, qui plus est dans un cadre contraint où le tempo est assujetti à l’événement qui se prépare et où la foule en vient à submerger les individualités dans une ferveur populaire que réussit à transmettre la mise en scène. Il émane de cette étude de mœurs en semi-liberté un enthousiasme communicatif qui a l’audace de s’arrêter parfois sur de minuscules détails pour donner un supplément d’âme à ses protagonistes, notamment en jouant sur cet artifice hautement cinématographique que constituent les problèmes auditifs de son personnage féminin. Le titre du film renvoie par ailleurs au “Deuxième monde”, ce métavers en réalité virtuelle proposé par Canal+ entre 1997 et 2002 qui permettait aux joueurs d’évoluer sous la forme d’un avatar dans un Paris en 3D et a abouti ensuite à un jeu baptisé… “Second Life”.
Jean-Philippe Guerand




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