Film français de Patrick Cassir (2026), avec Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Rudy Milstein, Camille Chamoux, Darina Al Joundi, Alexandra Roth, Léa Issert, Raphaël Almosni, Tania Dessources, Cédric Moreau, Thomas Hoff, Daphné Menoz, Kamel Abdelli, Jibril Bhira, Ewen Vallegeas, Quentin Laclotte-Parmentier, Samantha Grassian, Serge Noël, Manoëlle Gaillard, Constantin Cassir, Antonia Pourriat… 1h31. Sortie le 27 mai 2026.
Hakim Jemili, Noémie Lvovsky et Rudy Milstein
Les fils à maman, le cinéma en abonde. Avec une sorte d’archétype en la personne de Guy Bedos sous le joug du chantage affectif dont usait et abusait Marthe Villalonga dans Un éléphant ça trompe énormément (1976) et Nous irons tous au paradis (1977) d’Yves Robert. Un demi-siècle plus tard, le personnage soumis et immature qu’incarne Hakim Jemili est plus jeune, mais tout aussi névrosé par ce cordon qu’il n’a jamais réussi à couper mais dont il s’accommode comme d’une protection contre les menaces de l’inconnu. Mais a-t-il seulement essayé ? Alors quand sa mère lui annonce être atteinte d’un mal incurable, non seulement le ciel lui tombe sur la tête à la perspective de devoir s’aventurer seul dans le grand bain où il devrait se sentir comme un poisson dans l’eau depuis déjà quelques années, mais il en vient à négliger son propre avenir, en se retranchant derrière son devoir filial. C’est pourtant le moment où il rencontre celle qui pourrait devenir la femme de sa vie. La mère fait mine de se réjouir de cet heureux événement, tandis que l’élue s’attire ses bonnes grâces, sans être dupe de sa personnalité. Rien que de très classique. Patrick Cassir avoue s’être largement inspiré de son propre vécu et de son attachement à celle qui a veillé sur lui et à qui il a choisi de rendre la pareille. Il s’en remet pour cela à une interprétation qui fait toute la différence, en jouant sur ses contrastes autant que sur ses connivences, comme un virtuose maîtrise les moindres nuances de son instrument pour en tirer des accords parfois inattendus.
Marie Colomb et Hakim Jemili
Tout va super repose sur ses trois acteurs principaux dont le réalisateur exploite habilement les contrastes, sans s’interdire pour autant de faire évoluer leurs personnages au fil d’un scénario habilement mené. Riche idée que de confier le rôle de cette mère autoritaire tout sourire chez qui le chantage affectif est une seconde nature, sinon la première, à Noémie Lvovsky qui se régale de son personnage avec une grande générosité et des éclats de rire parfois lourds de sous-entendus. Rôle après rôle, la comédienne s’éloigne un peu plus de son métier initial de réalisatrice, à l’instar d’Emmanuelle Bercot. Elle semble pourtant s’épanouir à travers les personnages souvent extravagants que les autres cinéastes lui confient et les croque sans modération. Elle réussit ici à être aussi drôle qu’émouvante en échappant au stéréotype monolithique qu’elle est supposée incarner. Tout simplement parce que Patrick Cassir la met en scène comme s’il s’agissait de sa propre mère et pardonne tout ou presque à son personnage. Son alter ego à l’écran, c’est Hakim Jemili en fils soumis en proie à un conflit de loyauté. Cherchez l’intruse, c’est Marie Colomb, comédienne découverte dans Les magnétiques, As bestas et en Loana dans la série “Culte”. La sérénité rassurante de son personnage sied à cette comédie sentimentale résolument atypique dont Cassir assume les débordements, en insistant davantage sur ce qui lie les trois protagonistes que sur ce qui risque de les diviser voire de les opposer. Il choisit pour cela de suggérer les affres qui les rongent, en jouant des non-dits plutôt que de vaines explications qui ne serviraient sans doute qu’à accroître les malentendus. Une méthode douce qui s’avère bénéfique à ce film modeste mais fort plaisant.
Jean-Philippe Guerand




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