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“Obsession” de Curry Barker



Film américain de Curry Barker (2025), avec Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson, Megan Lawless, Andy Richter, Haley Fitzgerald, Darin Toonder, Chloe Breen, Anthony Pavone, Anthony Casabianca, Malcolm Kelner, Jeff Barker, Travis Beck, Kyle Blumenthal, Matthew Jackson… 1h49. Sortie le 13 mai 2026.



Inde Navarrette et Michael Johnston



Il ne se passe plus une semaine sans que sorte un film d’horreur, ce genre longtemps cantonné à la série B ayant amplement conquis ses lettres de noblesse en taillant des croupières à des œuvres ô combien plus ambitieuses. Avec des succès qui se multiplient au box-office, une économie relativement modeste qui sacrifie les têtes d’affiche aux cachets prohibitifs contre des effets spectaculaires à moindre coût, un public avide de sensations fortes et une surenchère régulière pour provoquer de grands frissons en renouant avec les fondamentaux du cinéma. Avec ce corollaire incontournable que représente le partage de sensations fortes dans des salles remplies de connaisseurs qui considèrent comme indispensable de partager stupeur et tremblements pour accentuer encore les montées d’adrénaline. Le distributeur américain A24 a surfé sur cet engouement et enchaîné les succès avec une expertise reconnue qui n’a cessé de progresser, en taillant des croupières à des productions beaucoup plus coûteuses, encourageant ainsi de nouvelles vocations et une inventivité sans limites. Curry Barker et son compère Cooper Tomlinson se sont fait connaître sur Youtube grâce à leur tandem comique That’s a Bad Idea dont les sketches ont fédéré un public fidèle qui a ensuite plébiscité le court métrage The Chair (2023) puis le long Milk & Serial (2024) avant d’attirer l’attention des chasseurs de talents d’Hollywood toujours à l’affût d’un bon coup. Un phénomène qui leur vaut aujourd’hui de passer des réseaux sociaux au cinéma traditionnel avec Obsession dont Barker avoue avoir puisé l’inspiration dans… un épisode des “Simpson” ! Sur le plan formel, le film repose sur un nombre réduit de décors et une poignée de protagonistes, la psychologie y étant privilégiée par rapport à des effets horrifiques le plus souvent soudains.



Michael Johnston, Inde Navarrette et Cooper Tomlinson



Le point de départ d’Obsession est celui de bien des films pour adolescents. Un garçon introverti qui se morfond pour la fille de ses rêves décide de passer enfin à l’acte en conjurant sa timidité, sous l’effet de la prophétie énigmatique d’une variante imaginaire des fameux fortune cookies, One Wish Willow, qui promet d’exaucer son vœu le plus cher. L’objet lumineux de son désir tout droit sorti d’un conte des mille et une nuits va toutefois révéler sa nature redoutable à travers des effets secondaires quelque peu imprévisibles et des réactions tout aussi déconcertantes. À dégoûter son soupirant transi de s’être langui si longtemps pour se retrouver confronté à une harpie capable de sortir de ses gonds pour un oui ou pour un non. Le film débute comme bon nombre de ces comédies adolescentes et slashers devenus lucratifs au box-office depuis les années 80. Il s’attache à un groupe d’employés d’un magasin de province dont la routine monotone est ponctuée de sorties entre amis au terme desquels on les imagine convoler et procréer la génération suivante, peu ou prou identique à la présente, engluée dans un trou peu propice au changement. L’action se focalise sur deux couples dont l’avenir semble écrit, même si la relation de Bear (l’impassible Michael Johnston) et de Nikki (la très prometteuse Inde Navarrette) n’est d’abord qu’en devenir incertain. L’habileté du film consiste à accélérer brutalement pour montrer combien la fille est perturbée jusqu’à la folie furieuse. Là réside le talent de Curry Barker qui filme sous forme de plans-séquences des situations classiques, quitte à les dynamiter au moment où l’on s’y attend le moins. Il y a d’ailleurs quelque chose dans Obsession de l’étrangeté d’un autre film devenu culte, Donnie Darko de Richard Kelly dont le protagoniste était lui aussi passablement perturbé. En souhaitant toutefois un avenir plus favorable à son metteur en scène.

Jean-Philippe Guerand






Michael Johnston

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