Film franco-belge de Rachel Lang (2026), avec Eye Haïdara, Joséphine Japy, Raphaël Personnaz, Hakim Jemili, Chloé Jouannet, Juliette Chaigneau, Aleksandr Kuznetsov, Pierre-Antoine Billon, Mélanie Laurent… 1h38. Sortie le 27 mai 2026.
Raphaël Personnaz et Eye Haïdara
Militaire de formation, Rachel Lang a manifesté dans ses deux premiers films, Baden Baden (2016) et Mon légionnaire (2021), son penchant indéniable pour un certain sens du devoir et de la discipline. Elle semble trouver aujourd’hui avec Mata un sujet propice à l’expression de toutes ses qualités qui s’inscrit dans une veine plus populaire. Blessée au cours d’une opération clandestine au Niger où a disparu son compagnon, une agente de la DGSE est mutée à la DGSI où la mission de contre-espionnage qui lui est confiée résonne en écho à son passé, alors que sa hiérarchie s’active pour l’empêcher d’accéder à une vérité qui dérange. De cette intrigue filandreuse à souhait, la réalisatrice tire un thriller à l’os qui semble avoir retenu toutes les leçons de la série d’Éric Rochant Le bureau des légendes par sa vision moderne du petit monde des services secrets. Avec comme figure de proue la femme désabusée qu’incarne Eye Haïdara dont la carrière a pris en l’espace de quelques mois un tournant décisif à travers des rôles de plus en plus denses dont celui d’une chanteuse d’opéra féministe dans L’objet du délit d’Agnès Jaoui qui sort simultanément. Elle se révèle très convaincante dans ce rôle qui outrepasse les stéréotypes avec une grande habileté et cette composante de l’espionnage qui consiste à montrer des personnages dépossédés de leur vie au nom de la raison d’état pour devenir les rouages malgré eux d’une véritable machine de guerre qui fond les individus dans le collectif.
Joséphine Japy et Eye Haïdara
Mata remplit le contrat qui lui est assigné sur un registre balisé. La réussite du film de Rachel Lang est d’éviter de prendre systématiquement une longueur d’avance sur ses personnages, comme il est trop souvent d’usage dans le cinéma d’espionnage. Elle en confie par ailleurs les rôles principaux à des acteurs qui réussissent à exister quelle que soit la durée de leur présence à l’écran. Mentions particulières à Joséphine Japy en barbouze à sang froid, Hakim Jemili en émule de Géo Trouvetout et Mélanie Laurent en manipulatrice en chef. Le film réussit à trouver un savant équilibre entre les états d’âme de sa protagoniste principale et des rebondissements qui permettent à la machine de tourner à un rythme soutenu. Rachel Lang a la bonne d’idée d’avancer sans se retourner, en servant son intrigue filandreuse à souhait, ce qui lui permet accessoirement d’éviter au spectateur de s’attarder sur les invraisemblances et de savourer le pur plaisir qui consiste à se laisser entraîner dans des rebondissements au sein desquels le hasard fait parfois bien les choses. Reste que la mise en scène est suffisamment efficace pour maintenir un tempo qui ne s’encombre ni de bavardages inutiles, ni d’explications alambiquées. Avec en outre une vision féminine et parfois même féministe assumée d’un univers qu’on a trop longtemps considéré comme une affaire d’hommes pour des considérations aujourd’hui dépassées. C’est même ce qui fait toute la différence entre Mata et Mata-Hari. Avec en prime au générique de fin la voix envoûtante de la chanteuse Ysé.
Jean-Philippe Guerand



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