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“L’objet du délit” d’Agnès Jaoui



Film franco-belge d’Agnès Jaoui (2026), avec Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Eye Haïdara, Claire Chust, Oussama Kheddam, Lucie Gallo, Tiphaine Daviot, Maxime Pambet, Loïc Legendre, Vincenzo Amato, Patrick Mille, Hervé Pierre, Emmanuel Salinger, Jacques Weber, Irène Gérardin, Mélanie Martinez-Llense… 2h13. Sortie le 27 mai 2026.



Eye Haïdara et Daniel Auteuil



Agnès Jaoui a été à ce point associée à son partenaire Jean-Pierre Bacri que depuis le décès prématuré de ce dernier, elle se concentrait sur sa carrière de comédienne et semblait retarder le moment de s’atteler seule à la réalisation d’un nouveau long métrage, consciente qu’on l’attendrait au tournant. Elle revient aujourd’hui avec un film qui lui ressemble et qu’elle dédie à son alter ego, tout en le plaçant sous le signe d’une thématique qui lui tient particulièrement à cœur : le féminisme. L’affaire se déroule autour d’une mise en scène d’opéra confiée à une vedette des réseaux sociaux qui n’en demandait pas tant, mais dont le producteur avisé croit percevoir dans sa célébrité la possibilité de rajeunir et donc d’élargir le public traditionnel de l’art lyrique. Alors que la troupe fait mine de ne pas remarquer l’amateurisme de sa metteuse en scène, un incident se produit qui prend des proportions démesurées quand le ténor étreint sa jeune partenaire qui voit dans son geste une agression sexuelle de la plus haute gravité. La cantatrice qu’incarne Agnès Jaoui tente de calmer les esprits. En vain. Le spectacle semble donc compromis à la veille de la première. L’affaire est rondement menée et donne l’occasion à la réalisatrice d’assumer le mauvais rôle, celui de la femme qui tente de minimiser l’attitude de son partenaire ostracisé, en arguant du fait que “Les noces de Figaro”, opéra bouffe de Mozart et Da Ponte se joue ainsi depuis… 1786, sans remonter à la création du “Mariage de Figaro” de Beaumarchais qui l’a inspiré, dès 1778, et auquel personne n’a trouvé à redire depuis lors. L’argument mérite d’être entendu. C’est même tout l’intérêt de L’objet du délit que de mettre en garde contre la tentation de réviser des classiques sous prétexte qu’ils ne cadrent plus avec notre époque. Certains qualifient cette tendance de woke. On peut aussi y voir purement et simplement de l’opportunisme voire du révisionnisme.



Eye Haïdara et Agnès Jaoui



Parce qu’elle aborde un sujet délicat et prend ainsi le risque de s’exposer à la vindicte de certaines féministes d’aujourd’hui, beaucoup plus radicales que la génération des Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi et Elisabeth Badinter qu’elles conchient allègrement, Agnès Jaoui choisit de tenir le rôle ingrat de celle qui se voue à son art avant de militer pour une cause. C’est tout à son honneur. Elle souligne au passage combien la salutaire remise en cause du patriarcat ne doit pas passer par une sorte de politique de la terre brûlée qui emporte tout sur son passage. Une posture courageuse qui vaut déjà au film de diviser sur le principe, alors même qu’il observe notre époque avec une grande lucidité et prône davantage de tolérance dans les rapports humains. Avec à l’appui une ironie mordante qui démontre combien il est important de ne surtout pas se fier aux apparences et dépeint les hommes d’un certain âge comme autant de cibles émouvantes, constamment à la merci d’une confusion ou d’un malentendu qui prennent des proportions démesurées. À l’image du chef d’orchestre campé par Daniel Auteuil qui appréhende le déballage médiatique d’une cantatrice dont il a été l’amant quant aux harcèlements dont elle a été victime, de nature à briser bien des carrières. C’est parce qu’il ose distiller des touches d’humour souvent mordantes que le film s’expose à l’ire de celles et ceux qui en manquent. La réussite de cette comédie de mœurs repose précisément sur son refus de se prendre au sérieux, tout en égrenant au passage des vérités bien senties sur une évolution des mœurs dont les combattant(e)s ont le tort d’avancer en ordre dispersé. Quitte à sauter eux-mêmes sur les mines qu’elles et ils ont posées. Avec L’objet du délit, Agnès Jaoui assume de provoquer des grincements de dents et même s’en réjouit, sans jamais bouder son plaisir ni le nôtre.

Jean-Philippe Guerand






Agnès Jaoui

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