Tuner Film américain de Daniel Roher (2025), avec Leo Woodall, Dustin Hoffman, Havana Rose Liu, Lior Raz, Jean Reno, Tovah Feldshuh, Nissan Sakira, C. S. Lee, Gil Cohen, Rekstizzy, Ari Cohen Mann, Jonnie Park, Amy Lee, Dorren Lee… 1h49. Sortie le 27 mai 2026.
Dustin Hoffman et Leo Woodall
Accordeur de piano formé par un homme qu’il en est venu à considérer comme son père, Niki White possède l’oreille absolue. Un talent rare qui lui vaut de se voir engagé par une équipe de cambrioleurs pour ouvrir les coffres-forts les plus sophistiqués. Une aubaine qui risque toutefois de lui attirer les pires ennuis, alors même qu’il vient de rencontrer la femme de sa vie. D’un point de départ au fond assez quelconque, Daniel Roher, transfuge du documentaire oscarisé en 2023 dans cette catégorie pour Navalny, tire un film qui séduit autant par sa modestie que par son interprétation. Avec en prime un acteur toujours aussi génial en la personne du mentor qu’incarne Dustin Hoffman, 88 ans, qu’on en était arrivé à désespérer de revoir dans un rôle à sa démesure après avoir prêté trois fois sa voix au maître Shifu de la saga Kung Fu Panda. Il perpétue ici une tradition dans cet emploi de vieux sage malicieux qui veille sur son disciple. Ce dernier est campé par le comédien britannique Leo Woodall qui incarnait la beauté du diable aux yeux de Renee Zellweger dans le dernier opus de la saga Bridget Jones : Folle de lui. Cette étude de caractères plutôt savoureuse réussit la prouesse de brasser divers thèmes familiers et d’en tirer une véritable personnalité, sans autre prétention que de distraire.
Havana Rose Liu et Leo Woodall
Ce passage de témoin recycle habilement des situations rodées de la comédie policière perpétue avec un classicisme assumé une solide tradition qui manifeste une efficacité à toute épreuve, mais accorde un soin particulier aux relations humaines qu’il tisse entre ses protagonistes dont le mannequin vedette Havana Rose Liu (vue à Cannes dans Her Private Hell de Nicolas Winding Refn) et même une apparition surprise de Jean Reno. Le virtuose distille un pur plaisir qu’on pourra qualifier de régressif par le souci que manifeste le réalisateur de satisfaire aux fonctions les plus ludiques du cinéma sans jamais bouder son plaisir. Il faut veiller à le considérer pour ce qu’il ambitionne d’être : un exercice de style en terrain balisé à travers lequel un documentariste accomplit son passage à la fiction en donnant des gages à ceux qui douteraient de sa capacité à franchir ce cap déterminant, qui plus est sur un registre classique et même balisé pour ne pas dire conventionnel. Il y a quelque chose dans cet exercice de style plutôt habile qui renvoie au cinéma des années 80 et plus particulièrement à celui de Sidney Lumet et même précisément à cette comédie atypique que constituait au sein de son œuvre Family Business (1989) : un film d’apprentissage à tiroirs dont le personnage principal (Matthew Broderick hier, Leo Woodall aujourd’hui) se trouve à l’âge des possibles et confronté en tant que tel à de multiples pistes quant à son avenir, sous la surveillance bienveillante de ses aînés, le sourire n’y étant jamais bien loin des larmes. Au-delà de son charme à l’ancienne, Le virtuose s’impose surtout pour les promesses qu’il laisse entrevoir quant au potentiel de Daniel Roher.
Jean-Philippe Guerand




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