Kota Film germano-gréco-hongrois de György Pálfi (2025), avec Maria Diakopanayotou, Argyris Pandazaras, Yannis Kokiasmenos, Antonis Tsiotsiopoulos, Antonis Kafetzopoulos, Eleni Apostolopoulou, Mahmod Bamerny, Dimitris Pelekis… 1h37. Sortie le 27 mai 2026.
Qui est venu en premier de l’œuf ou de la poule ? Sans vraiment chercher à répondre à cette interrogation vertigineuse, Cocotte raconte la vie d’un de ces gallinacés domestiques, témoin silencieux de la vie des hommes qu’il contribue à nourrir. Le postulat choisi par le cinéaste hongrois György Pálfi en rappelle d’autres parmi lesquels celui du cinéaste polonais Jerzy Skolimowski, Eo (2022), lui-même inspiré d’Au hasard Balthazar (1966) de Robert Bresson, dans lequel un âne était le témoin impuissant de la folie des hommes. Le ton était désabusé et parfois cruel. Cocotte nourrit de moins grandes intentions morales et philosophiques. Il s’agit davantage d’une chronique de la vie quotidienne, assemblage hétéroclite de saynètes dont les protagonistes se rencontrent, se croisent, se quittent et se retrouvent sous les yeux de la poule qui n’y joue qu’un rôle d’observatrice. Le cinéaste ne cherche jamais à gratifier d’un supplément d’âme son héroïne à plumes et semble davantage s’adresser à un public enfantin qu’adulte. Le début du film est d’ailleurs son moment le plus réussi où l’on suit le rituel qui se déroule dans un élevage industriel et le processus au terme duquel ceux qui sont impropres à la consommation voient leurs occupants briser leur coquille et affronter le monde en tant que poussin, puis de poule pondeuse promise à plus ou moins long terme à la casserole.
Différente à la naissance, Cocotte parvient à s’enfuir pour découvrir ce que ses congénères ne verront jamais : le monde tel qu’il est. En l’occurrence, elle se retrouve malgré elle dans le poulailler d’un restaurant lié à un réseau de trafic de migrants clandestins. Déjà remarqué pour son premier long métrage, Hic (de crimes en crimes) (2002), dans lequel la vie quotidienne d’une communauté rurale était perturbée par un homme en proie à un hoquet irrépressible, György Pálfi est un adepte de l’anthropomorphisme qui observe le monde en adoptant un regard singulier qui varie selon les sujets, souvent avec un minimum de paroles. Fasciné par les animaux auxquels il attribue volontiers le beau rôle, sans avoir pour autant à leur attribuer des capacités qu’ils ne possèdent pas (la parole, notamment), il s’égare volontiers dans les marges du cinéma traditionnel, mais va toujours au bout de son propos. À l’instar de Taxidermie (2006), qui juxtaposait trois histoires, il excelle dans les morceaux ou les lambeaux, sans sacrifier pourtant la cohérence. Cocotte s’affirme ainsi d’une cohérence surprenante en dépit de ses huit interprètes différentes et d’un propos qu’on pourrait juger décousu par son articulation sous forme de tableaux vivants qui finissent par se répondre et se renvoyer les uns aux autres. Peut-être parce qu’il respecte son personnage principal, cette poule qui observe le monde alentour et se concentre sur la protection de ses proches, tout en assistant impuissante au ballet humain qui se joue à proximité. Or, c’est précisément l’usage de ce regard dénué de la parole qui donne à ce film singulier son universalité. Sans autre prétention que de nous immerger dans la tête d’une poule, une vraie. Pas de celles qui fanfaronnent dans certains dessins animés et se croient tout permis.
Jean-Philippe Guerand




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