Film franco-tchadien de Mahamat-Saleh Haroun (2026), avec Maïmouna Miawama, Ériq Ebouaney, Achouackh Abakar Souleymane, Brigitte Tchanégué, Sambo Saleh Adam, Christ Assidjim Mbaihornom… 1h41. Sortie le 22 avril 2026.
Maïmouna Miawama
Dans un village perdu aux confins du Tchad sur les maisons en torchis duquel le temps semble s’être arrêté, non pas il y a des années mais plutôt des siècles, une jeune fois en proie à des visions trouve une alliée providentielle en la personne d’une exilée rejetée. Face à une communauté qui la suspecte de sorcellerie et redoute de se retrouver victime de son charme maléfique post mortem, les mentalités provoquent rejet et ostracisme. À son habitude, Mahamat-Saleh Haroun s’élève contre l’intolérance en décrivant une Afrique coupée du monde qui oppose l’incompréhension à des phénomènes irrationnels pour mieux asseoir son patriarcat tout puissant. Ce film, le réalisateur de Daratt (2006) et de Lingui, les liens sacrés (2021) a choisi de le coécrire avec l’écrivain Laurent Gaudé, prix Goncourt pour “Le soleil des Scorta” et auteur de “Chien 51”, récemment porté à l’écran. L’association de ces deux personnalités confère au film une puissance d’évocation peu commune qui emprunte les voies de la poésie en proposant une méditation sur le poids parfois néfaste de la coutume qui entrave trop souvent la marche du progrès. Avec en filigrane une réflexion sur la condition féminine dans un monde d’hommes qui s’accroche à des croyances d’un autre âge et refuse de s’ouvrir au reste du monde, de peur d’être contaminé par le progrès et des influences extérieures jugées néfastes qui risqueraient de menacer sa toute puissance.
Ériq Ebouaney
Soumsoum, la nuit des astres est aussi et surtout un éloge de la sororité à travers le portrait de deux femmes dans un village traditionnel du plateau de l’Ennedi, dans le Nord-Est du Tchad où une autochtone en proie à des visions va apprendre beaucoup d’une exilée victime d’ostracisme dont elle prend la défense face à des autochtones en proie à une peur et à une colère irrationnelles : celles des ignorants et des méfiants apeurés qui redoutent que le ciel ne finisse pas leur tomber sur la tête. Une fois de plus, Mahamat-Saleh Haroun dénonce l’obscurantisme et décrit traite une Afrique où un héritage culturel pesant et anachronique s’élève parfois comme un rempart contre le progrès et nuit par là-même à une évolution des mentalités nécessaire et souhaitable. Le cinéaste traite ce sujet avec une grande poésie en s’aventurant pour la première fois dans un fantastique nourri de panthéisme et d’animisme que servent des décors naturels impressionnants et jamais vus au cinéma à ce jour : la vallée de l’Ennedi classée par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité. Un décor monumental hérissé de sculptures minérales spectaculaires qui n’a rien à envier à la Vallée de la Mort aux États-Unis ou à certains déserts des antipodes qu’on jurerait édifiés par des dieux mystérieux. En espérant que son film ne donne pas envie à trop de cinéastes d’en exploiter l’exotisme et ne suscite pas un élan inconsidéré du tourisme de masse. Haroun dispose en outre de deux natures d’une justesse absolue dont il exploite la fraîcheur miraculeuse : Maïmouna Miawana et Achouackh Abakar Souleymane. Comme les deux facettes d’un éternel féminin unique qui se transmet de génération en génération et auquel on refuse le droit d’évoluer et de rompre avec les traditions.
Jean-Philippe Guerand




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