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“Juste une illusion” d’Olivier Nakache et Éric Toledano



Film français d’Olivier Nakache et Éric Toledano (2026), avec Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin, Simon Boublil, Alexis Rosenstiehl, Jeanne Lamartine, Rony Kramer, Giorgia Sinicorni, Augusto Fornari, Adèle Jayle… 1h56. Sortie le 15 avril 2026.



Camille Cottin et Louis Garrel



La nostalgie est toujours ce qu’elle était. Et même sans doute plus encore. Olivier Nakache et Éric Toledano, que Jean-Pierre Bacri avait joliment surnommés “ les frères qui n’ont pas le même nom ”, le vérifient en se retournant vers leur adolescence… à une époque où ils ne se connaissaient pas encore mais grandissaient dans des milieux assez voisins. Il se livrent dans leur nouveau film à un exercice pour le moins singulier, en s’inspirant de leurs jeunesses respectives pour évoquer cet âge qu’on dit ingrat à travers la chronique d’une tribu de la classe moyenne qui subit la crise du milieu des années 80, mais garde la tête haute grâce à son esprit de famille. La mère y découvre les joies de l’informatique naissant comme vecteur de promotion professionnelle, le père y fait face aux déconvenues d’une époque formidable, le fils aîné cède au culte de The Cure, tandis que son petit frère (le regard de cette histoire donc celui croisé des deux réalisateurs) vit des événements qui vont le propulser de l’adolescence à l’âge adulte. Cette comédie dédiée aux pères des cinéastes, décédés tous les deux pendant le tournage, propose une formidable incursion en 1985 qui rejoint dans la filmographie du tandem leur premier succès populaire : Nos jours heureux (2006). Un retour aux sources salutaire qui témoigne d’une France des banlieues où la classe moyenne est frappée de plein fouet par le chômage de masse, tandis que la jeunesse vibre au rythme de Téléphone et milite en faveur de SOS Racisme dans une France pas tout à fait Black Blanc Beur.



Louis Garrel et Pierre Lottin



Olivier Nakache et Éric Toledano ont la nostalgie généreuse. Ils composent pour l’occasion une sorte de famille modèle vue à travers les yeux du petit dernier (Simon Boublil, le fils prodigue de Philippe Torreton), préadolescent confronté au vertige du premier amour au sein d’un cocon familial sur lequel veille sa mère (Camille Cottin), secrétaire promise à devenir cadre si elle arrive à dompter les mystères de l’informatique auquel l’initie un gardien d’immeuble (Pierre Lottin) empressé et aussi efficace qu’un couteau suisse. Le tout sous la surveillance d’un père (Louis Garrel, moustache, trench-coat et attaché-case) qui dissimule ses déboires professionnels et la présence fantomatique du frère aîné en mode punk (Alexis Rosenstiehl, vu récemment dans Ceux qui restent). Une famille presque comme les autres qui colle à son temps et remédie à ses coups de blues et à ses doutes en se serrant les coudes, le cadet voyant sa bar mitzvah perturbée par sa découverte de l’amour. Tous les ingrédients sont réunis pour que cette comédie nostalgique et rétro atteigne son but en s’appropriant les signes de reconnaissance d’un air du temps où chacun nourrit des préoccupations de son âge, face à un monde qui va (déjà) trop vite et menace de laisser sur le côté celles et ceux qui ne se mettront pas à niveau pour mieux rebondir. Du coup, le titre prend tout son sens : s’agit-il juste d’une illusion ou d’une simple épreuve à franchir. Nakache et Toledano ont la nostalgie généreuse. Qu’importe dès lors si leur mémoire rend la vie d’alors un peu plus belle qu’elle n’était. C’est souvent la vertu des souvenirs et en tout cas le propre des Feel Good Movies. Celui-là fait un bien énorme.

Jean-Philippe Guerand






Simon Boublil et Jeanne Lamartine

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