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“Ceux qui comptent” de Jean-Baptiste Leonetti



Film français de Jean-Baptiste Leonetti (2025), avec Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin, Louise Labèque, Alexis Rosenstiehl, Alma Ngoc, Mélissa Izquierdo… 1h39. Sortie le 25 mars 2026.



Pierre Lottin et Sandrine Kiberlain



La comédie sentimentale est l’un des genres les plus balisés qui soient. Les tourtereaux passent généralement le plus clair de leur temps en commun à se jauger, s’approcher, se disputer et tenter de trouver un terrain d’entente en aplanissant leurs différences, jusqu’à un dénouement presque toujours positif. Ceux qui comptent emprunte une autre voie en jouant sur une rupture de ton plutôt radicale. Rose élève ses trois enfants comme elle peut, mais ne révèle rien de ses difficultés qu’elle ne considère que comme temporaires. Jean est un pilote de l’air solitaire et plutôt renfermé qui se contente de sa situation, désabusé mais pas vraiment aigri. Cette équation a priori insoluble, Jean-Baptiste Leonetti la résout en jouant de l’alchimie inattendue de ses deux interprètes principaux. Sandrine Kiberlain y revient à un ton qui lui a souvent réussi, la légèreté, tandis que Pierre Lottin s’extrait de la zone de confort dans laquelle l’ont enfermé trop de personnages proches les uns des autres qui témoignaient surtout du manque d’imagination des directeurs de casting. Rien de tel ici. Sans déflorer l’intrigue, on se doit de dire qu’elle soumet l’acteur à rude épreuve et qu’il démontre comme jamais auparavant l’étendue de son répertoire en s’aventurant dans des zones inattendues.



Sandrine Kiberlain



Au-delà de la romance qui lui tient lieu de prétexte, l’intrigue joue délibérément sur des ruptures de ton radicales dont la vraisemblance doit beaucoup à la personnalité des interprètes et au traitement psychologique de leurs personnages, plus développé qu’il n’est habituellement d’usage sur ce registre. La personnalité du réalisateur auquel son premier long métrage, Carré blanc, couronné du prix du film singulier dont l’appellation décrit assez justement la caractéristique principale, appelé à Hollywood par Michael Douglas en personne, n’y est évidemment pas étrangère. Il revient en quelque sorte dans le rang du cinéma français traditionnel sous couvert d’une comédie sentimentale qui brise délibérément ses propres codes. D’abord par la personnalité de ses deux personnages principaux : des éclopés de la vie qui usent de leurs signes extérieurs stéréotypés pour dissimuler une vérité assez différente. Elle assume son statut de mère de famille plutôt bohème, tandis que lui exhibe son uniforme prestigieux de pilote de l’air comme une carapace protégeant sa personnalité en miettes. Dès lors, leur idylle qui raconte en filigrane la recomposition d’une famille se trouve exposée à des menaces de nature à faire basculer la comédie sentimentale vers la tragédie. Un risque qu’assume Jean-Baptiste Leonetti sans jamais se dérober devant ses responsabilités ni sacrifier aux conventions du genre sous prétexte d’appliquer des recettes qui font recette. C’est même ce qui confère à Ceux qui comptent un précieux supplément d’âme.

Jean-Philippe Guerand







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