Calle Málaga Film franco-hispano-maroco-germano-belge de Maryam Touzani (2025), avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane, Maria Alfonsa Rosso, Miguel Garcés, La Imén, Tarik Rmili, Mohamed Naimane… 1h56. Sortie le 25 février 2026.
Carmen Maura
Une Espagnole installée à Tanger, où se sont exilés bon nombre de ses compatriotes républicains à l’avènement du franquisme, voit débarquer sa fille bien décidée à vendre son appartement pour la placer dans une maison de retraite. Mais c’est ignorer la détermination de cette femme encore vaillante qui refuse de se soumettre et va trouver un nouveau sens inattendu à sa vie grâce à son enthousiasme, sa générosité et son optimisme. Rien ne va pourtant se passer comme prévu. L’ex-muse de Pedro Almodovar, Carmen Maura, aujourd’hui tout juste octogénaire, trouve l’occasion d’une performance inoubliable dans cet emploi de vieille dame indigne bien décidée à mettre à profit le temps qui lui reste pour n’en faire qu’à sa tête, elle que son veuvage semble avoir tétanisée et résolue à se ranger jusqu’à ce que mort s’ensuive, quelle que puisse être son échéance. C’est au moment même où le dernier chapitre de son destin semble écrit que cette femme qui n’est ni malade ni grabataire refuse de se résigner autant que se soumettre et retrouve son appétit de vivre avec la complicité de son entourage dont une religieuse à laquelle la lie une amitié très ancienne, malgré tout ce qui les sépare sur le plan des mœurs.
Carmen Maura et Ahmed Boulane
La réalisatrice marocaine du Bleu du caftan s’est imposée comme une virtuose des sentiments grâce à son tact hors du commun et à une finesse psychologique qui témoigne de son sens de l’observation aigu. Elle signe ici une comédie de mœurs enthousiasmante qui fait un bien fou et choisit à cet effet une femme comme on en voit trop peu de sa génération sur les écrans, sinon dans des drames psychologiques le plus souvent déprimants ou des comédies qui ne prennent pas en compte la réalité biologique. C’est sa dignité qui façonne sa grandeur d’âme et l’incite à se révolter contre le scénario que sa fille aimerait lui voir interpréter pour de sordides questions matérielles. Avec en filigrane une réflexion en profondeur sur la place des seniors dans notre société et leur invisibilisation programmée par les générations suivantes. Sous ses dehors agréables voire souvent plaisants, cette étude de caractères va à l’encontre de bien des idées reçues et pointe le danger qu’il y a à considérer les personnes âgées comme une entité rationnelle pour mieux leur imposer un modèle de fin de vie planifié. Elle va même beaucoup plus loin en s’attachant à une femme qui non seulement refuse de se soumettre à la volonté de cette fille dont l’existence l’a séparée, mais trouve un nouveau sens imprévu à sa vie et n’entend pas s’étioler prématurément. Rue Málaga apparaît en cela comme une leçon de vie qui n’a que faire des conventions et cherche moins à adopter l’allure d’une leçon de morale qu’à distiller un message réjouissant sur un âge qui en vient à occulter toutes les autres caractéristiques de ses représentants et justifie volontiers à lui seul tous les abus.
Jean-Philippe Guerand




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