Couture Film franco-américain d’Alice Winocour (2025), avec Angelina Jolie, Ella Rumpf, Anyier Anei, Louis Garrel, Vincent Lindon, Garance Marillier, Aurore Clément, Finnegan Oldfield, Nicolas Avinée… 1h47. Sortie le 18 février 2026.
Ella Rumpf et Anyier Anei
Il fut un temps pas si lointain que cela où le film choral était devenu un genre à part entière, lointain avatar du cinéma à sketches des années 50 et 60 qui cachait bien souvent par sa construction alambiquée une incapacité à raconter une histoire cohérente. Dans son nouveau film, Alice Winocour choisit de s’attacher à trois femmes qui se croisent à Paris le temps de la Fashion Week. La première est une réalisatrice adepte du cinéma de genre dont les certitudes sont ébranlées par un diagnostic médical crucial. La deuxième est une mannequin soudanaise qui doit défiler dans l’insouciance pendant que son pays est ravagé par la barbarie. La troisième est maquilleuse et à un tournant de sa vie où elle doit prendre une décision risquée. Venue de l’écriture (elle est issue du prestigieux département scénario de la Fémis et a obtenu un César pour le script de Mustang), la cinéaste s’y entend pour tisser un entrelacs subtil et parfois invisible entre ces trois personnages en quête de hauteur dans ce monde du paraître et du factice qui n’a que faire d’un cancer, d’une guerre lointaine ou de questions purement existentielles. L’intelligence du scénario consiste à ne jamais se sentir obligé de terminer ces histoires, mais à les laisser en suspens. Ainsi va la vie… Film après film, la réalisatrice de Revoir Paris gagne en audace et élève la barre de ses ambitions. Comme une championne astreinte à battre ses propres records et à se dépasser pour mieux se transcender.
Louis Garrel et Angelina Jolie
Qui dit mode dit défilé, mais Alice Winocour est bien trop avisée pour céder à l’ivresse de ce milieu fantasmatique où le paraître prend volontiers l’ascendant sur l’être. Elle choisit au contraire trois femmes qui ne sont que les maillons d’une longue chaîne et manifestent leur libre-arbitre en assumant leurs rôles, tout en manifestant leur personnalité. Car même si Angelina Jolie se voit servir la plus belle part du gâteau scénaristique et que celle-ci reflète de façon délibérée son propre vécu, les personnages incarnés par la Suissesse Ella Rumpf et la Soudanaise Anyier Anei ne sont pas négligés pour autant. L’argument de Coutures -titre ô combien polysémique décliné au singulier en anglais- aurait pu donner lieu à un roman-photo clinquant et superficiel. Sa mise en scène lui confère une orientation très différente et semble chercher à donner un supplément d’âme à un milieu que le cinéma n’a que peu ménagé jusqu’à présent. Sans doute parce qu’il repose plus que tous les autres arts sur l’ivresse des apparences et aspire à imposer son influence en arbitre vaniteux des élégances. L’habileté du film consiste à utiliser ce monde comme un cadre, sans en exploiter ni le factice ni la photogénie, mais en se concentrant sur ses composantes humaines, sans s’attacher pour autant aux créateurs de mode proprement dits. Coutures est en cela l’exact opposé du film italien indigeste de Ferzan Özpetek Diamanti qui assumait et même revendiquait son caractère artificiel, là où Alice Winocour gratte le vernis des apparences pour mettre en valeur l’humanité et surtout la vulnérabilité de ses protagonistes.
Jean-Philippe Guerand




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