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“Cold Storage” de Jonny Campbell



Film américain de Jonny Campbell (2025), avec Joe Keery, Georgina Campbell, Liam Neeson, Sosie Bacon, Vanessa Redgrave, Lesley Manville, Rob Collins, Darrell D’Silva, Ellora Torchia, Lujza Richter, Andrew Brooke, Justin Salinger, Daniel Rigby, Gavin Spokes, Nahel Tzegai, Aaron Heffernan, Clare Holman… 1h39. Sortie le 18 février 2026.



Joe Keery et Georgina Campbell



Parmi un cinéma anglo-saxon qui semble parfois avoir perdu l’innocence de son âge d’or, émergent çà et là des œuvres atypiques qui renouent avec son innocence. Après Dangerous Animals l’été dernier, Cold Storage renoue avec cette tradition en jouant cette fois sur la sacro-sainte psychose associée au nucléaire. D’étranges phénomènes commencent à se produire dans la chambre froide d’un bunker coupé du monde où ont été enfouis naguère les restes d’un micro-organisme mutant venu d’ailleurs par des agents de l’anti-bioterrorisme. Sans prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires pour empêcher définitivement de nuire cette entité d’origine inconnue. Alors quand cette menace redoutable se réveille, les simples vigiles de service se trouvent plutôt dépourvus pour y faire face… Dans les années 50, le sujet de ce film aurait inspiré une parabole grinçante sur fond de Guerre froide. Malgré un contexte géopolitique propice aux plus folles élucubrations, il sert aujourd’hui de prétexte à un film de genre efficace écrit par le grand David Koepp (Seven) qui n’essaie jamais de jouer au plus malin avec le spectateur. Circonscrit dans un lieu unique, qui plus est perdu au beau milieu d’une étendue désertique, il exploite à merveille son cadre déjà post-apocalyptique dans une sorte de transposition à ciel ouvert d’Alien ou de La mutante qui ne cherche jamais à tricher avec son postulat de départ. Avec toutefois une petite coquetterie qui distingue ceux qui savent tout ou presque de cette menace souterraine mais préservent son secret et ceux qui continuent à vaquer à leurs occupations dans l’ignorance du danger qui les menace.



Liam Neeson, Georgina Campbell et Joe Keery



Cold Storage recycle habilement les conventions de la série B à une production tout entière tournée vers le plaisir du spectateur. On comprend d’entrée de jeu que la menace est redoutable et que le seul moyen de l’empêcher de nuire et de se propager réside dans des mesures extrêmes, alors même que la consigne est de ne rien révéler de sa menace léthale, y compris aux membres d’un service de surveillance plutôt cool que rien ne prédisposait à se retrouver dans une telle situation, sous prétexte d’assurer la maintenance d’un garde-meubles souterrain perdu au beau milieu de nulle part. L’affaire est rondement menée par un cinéaste qui connaît ses classiques et saupoudre son récit de personnages pittoresques, à l’instar de la veille dame que campe rien moins que l’immense Vanessa Redgrave en pèlerinage devant ses souvenirs. Le casting joue d’ailleurs un rôle essentiel dans la réussite de cette entreprise qui mêle des interprètes inconnus dans les rôles principaux et deux autres guest stars pour incarner les agents priés de reprendre du service : Liam Neeson à qui il suffit d’apparaître pour s’imposer comme une évidence et sa compatriote Lesley Manville qui a accompli un sacré bout de chemin depuis ses débuts dans les études de mœurs de Mike Leigh et brille désormais dans les compositions les plus décalées, quitte à tenir beaucoup de seconds rôles. C’est précisément parce qu’il accorde la plus haute considération à son sujet que le réalisateur britannique Jonny Campbell, réputé pour maintes contributions à des séries télévisées, redore le blason du genre qu’il aborde sans jamais le prendre de haut ni subvertir ses conventions. Son deuxième long métrage initié par le producteur de Bienvenue à Zombieland est l’œuvre d’un amateur éclairé qui se fit remarquer il y a tout juste vingt ans avec une mise en boîte stylée de la créature de Roswell, Alien Autopsy. C’est dire combien on se trouve ici entre de bonnes mains.

Jean-Philippe Guerand






Liam Neeson

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