Film franco-tuniso-qatarien d’Erige Sehiri (2025), avec Aïssa Maïga, Debora Lobe Naney, Laetitia Ky, Estelle Kenza Dogbo, Foued Zaazaa, Mohamed Grayaa, Touré Blamassi… 1h32. Sortie le 28 janvier 2026.
Estelle Kenza Dogbo et Aïssa Maïga
Du calvaire des migrants africains, le cinéma nous a montré de nombreux aspects et des plus sombres. Promis le ciel s’attache à une facette moins connue de cette problématique à travers une ex-journaliste ivoirienne qui officie comme pasteure à Tunis et prend sous sa protection une jeune mère et une étudiante avant d’accueillir une orpheline de 4 ans rescapée d’un naufrage. Dès lors, cette famille recomposée en gynécée va se serrer les coudes pour résister à la pression des autochtones qui se sentent envahis par ces intrus subsahariens regroupés en communautés afin de mener leur propre vie en autarcie. Avec à la clé une prise de conscience des autorités tunisiennes en proie à la pression populaire qui s’est traduite dans la réalité par une vague de rafles et d’arrestations arbitraires due à une xénophobie qu’on pourrait qualifier d’épidermique. Ce phénomène de société méconnu inspire à Erige Sehiri un hymne vibrant à la sororité et s’appuie sur une réalité ignorée : seuls vingt pour cent des migrants africains se rendent en Europe, là où quatre-vingt pour cent d’entre eux ne font que se déplacer à l’intérieur du continent. Venue du documentaire, la réalisatrice révélée par Sous les figues (2021) trouve toujours le ton approprié et la juste distance pour décrire ces personnages solidaires les uns des autres et entremêler leurs destins dans un tableau de mœurs choral et chaleureux qui se concentre sur la personnalité de ces femmes puissantes.
Foued Zaazaa et Debora Lobe Naney
La facilité consisterait à voir en Promis le ciel une élégie féministe à la tolérance et au vivre ensemble. Le film d’Erige Sehiri va bien au-delà de cette intention. Il s’attache à des femmes déterminées en insistant au moins autant sur ce qui les sépare que ce qui les unit, à l’instar de cette étudiante qui se concentre avant tout sur son avenir, quitte à se montrer un peu égoïste dans certaines situations où le chacune pour soi a tendance à l’emporter sur le toutes pour une. La réalisatrice a recruté pour cela des interprètes particulièrement impliquées dans leurs personnages, à commencer par Aïssa Maïga, comédienne engagée qui trouve sans doute là le rôle le plus intense de sa carrière et manifeste un rayonnement charismatique troublant qui sied à son statut de prédicatrice dans une communauté évangélique où les célébrations s’accompagnent volontiers de manifestations spectaculaires de transes collectives. Avec en prime une vision matérialiste de l’église gérée comme une entreprise par une femme à poigne. Le contraste est d’autant plus saisissant avec ses deux alter ego, ces révélations à suivre que sont Laetitia Ky, déjà remarquée dans La nuit des rois (2020) et Disco Boy (2023), et Debora Lobe Naney que l’aventure de ce tournage a décidé à différer sa propre traversée vers l’Europe. Des choix judicieux à la démesure de ce film qui confirme la capacité d’Erige Sehiri à apprivoiser le réel et à le restituer fidèlement en regardant le monde en face, sans chercher à le faire passer pour plus beau qu’il n’est.
Jean-Philippe Guerand




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