Film français de Lise Akoka et Romane Gueret (2025), avec Fanta Kebe, Shirel Nataf, Amel Bent, Idir Azougli, Yuming Hey, Suzanne de Baecque, Zakaria-Tayeb Lazab, Mouctar Diawara, Nikola Bulatovic, Mohamed Drame, Yassine Mahavita, Aymane Mazit, Djibril Diamoye, Nour Hajri, Fatoumata Kone, Lilya Jabelmeki, Mariam Diamoye, Cynthia Hounkpati, Zeinab Karamoko, Camille Koch-Mathian, Sara Ben Ameur, Safa Benali, Heaven Peng, Adhen Ksouri… 1h52. Sortie le 7 janvier 2026.
Les jolies colonies de vacances nourrissent depuis toujours des scénarios propices à bien des considérations sur l’âge tendre et l’âge ingrat qui font vibrer la corde de la nostalgie, tout en reflétant l’évolution des mœurs avec parfois en option le vert paradis des amours enfantines, pour reprendre la formule de Charles Baudelaire. Quelques jalons du genre dont Le petit bougnat (1970) de Bernard Toublanc-Michel, À nous les petites Anglaises (1975) de Michel Lang, Scout toujours (1985) de Gérard Jugnot et Nos jours heureux (2006) d’Olivier Nacache et Eric Toledano (la référence absolue invoquée par les réalisatrices Lise Akoka et Romane Gueret) ont balisé ce terrain sur le registre de l’humour et de la nostalgie. Il en sera vraisemblablement de même pour Ma frère qui suit les vacances d’une bande de gamin de cité dans la Drôme encadrés par deux amies d’enfance, elles-mêmes confrontées à leur difficile entrée dans l’âge adulte. Chronique d’une amitié de toujours à l’épreuve de décisions et de choix existentiels. Le tandem féminin à l’origine de la révélation de Mallory Vanecque dans Les pires (2022) retrouve à cette occasion deux jeunes comédiennes qu’elle avait déjà dirigées dans son épisode de la série “Tu préfères” (2020), Shirel Nataf et Fanta Kebe, et confirme la finesse du regard avec lequel elle observe la jeunesse. Le titre reflète en outre toute la subtilité de cette comédie de mœurs portée par une double histoire d’amitié mise en perspective dans un environnement où il reste plus difficile de grandir en étant une fille plutôt qu’un garçon, malgré le caractère déterminé de ces caractères, dans l’acception la plus large que revêt ce terme.
Amel Bent, à droite
Ma frère est une chronique très juste de la confrontation de deux générations : des préadolescents qui commencent à manifester des velléités d’indépendance, mais dont les plus jeunes baignent encore dans une certaine insouciance, et des jeunes adultes pour lesquelles le grand saut dans le vide et son cortège de décisions existentielles s’avèrent imminents. En dédoublant leur regard, les réalisatrices se livrent à un exercice périlleux mais fort réussi et mettent en regard deux stades consécutifs de la vie qui témoignent en amont d’un sens de l’observation particulièrement aigu. Elles confirment là un sens de l’observation hors du commun qui va de pair avec une sincère empathie pour la jeunesse déshéritée et ses aspirations, tout en offrant à cette occasion son premier rôle d’actrice à la chanteuse Amel Bent avec laquelle il va désormais falloir compter. Romane Gueret et Lise Akoka évitent toutefois à dessein d’insister sur le contexte social dans lequel grandissent cette jeunesse des quartiers pour insister sur le contraste saisissant qui existe entre leurs tours de béton parisiennes de la place des Fêtes et le cadre bucolique de leur villégiature. Ma frère s’impose enfin comme un instantané saisissant d’une génération pour laquelle les questions dites sociétales n’en sont pas par sa capacité à les intégrer à son quotidien, qu’il s’agisse de la laïcité ou de la binarité. On sort de ce bain de jouvence regonflé à bloc par sa justesse et sa bonne humeur à toute épreuve. Une très jolie façon de débuter l’année.
Jean-Philippe Guerand




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