Film français de Martin Jauvat (2025), avec Martin Jauvat, Emmanuelle Bercot, William Lebghil, Sébastien Chassagne, Anaïde Rozam, Annabelle Lengronne, Géraldine Pailhas, Michel Hazanavicius, Jérôme Niel, Mahamadou Sangaré, Mahaut Adam, Eva Huault, Aurélien Bellanger… 1h34. Sortie le 28 janvier 2026.
Emmanuelle Bercot et Martin Jauvat
Derrière cette comédie générationnelle, affleure une réflexion plutôt fine sur une société contemporaine où il est plus difficile que jamais d’entrer dans le grand bain de l’âge adulte quand on n’a aucun diplôme. Tout à la fois réalisateur et acteur, Martin Jauvat s’était fait remarquer avec Grand Paris (2022) dans lequel il filmait les pérégrinations nocturnes de deux copains de grande banlieue, avec déjà pour partenaires William Lebghil et Sébastien Chassagne et sur un registre plutôt pince-sans-rire. Il affine aujourd’hui son propos en montrant son personnage confronté à une situation absurde : passer son permis de conduire pour trouver un emploi, mais contraint de gagner un minimum sa vie afin de pouvoir payer les leçons. Un drame cornélien qu’il va devoir résoudre en faisant appel au système D. L’épicentre assumé du cinéma de Martin Jauvat est la banlieue où il a grandi, Chelles, dont Wikipedia nous apprend que c’est la deuxième ville la plus peuplée de Seine-et-Marne. Reste qu’il doit se déplacer et découcher, grâce à un ustensile providentiel que lui recommande son père (Michel Hazanavicius dans un caméo irrésistible de vieux sage) : un baise-en-ville, ce sac à bandoulière qui permettait naguère aux maris volages de découcher en se munissant du strict nécessaire.
Martin Jauvat et William Lebghil
Martin Jauvat ne filme que ce qu’il connaît. C’est un principe et il s’y tient. Sa banlieue, il l’aime, mais il en perçoit aussi les désagréments avec lucidité, à commencer par cette double peine qui consiste à habiter loin de la grande ville et à avoir trop souvent des distances démesurées à parcourir pour se rendre sur son lieu de travail. On a vu gronder des Gilets Jaunes pour moins que ça… Une équation élémentaire et passablement insoluble qui sous-tend Baise-en-ville, avec un humour souvent irrésistible mais jamais méchant et des personnages joliment esquissés dont cette monitrice d’auto-école fantasque qu’incarne la réalisatrice Emmanuelle Bercot avec une jubilation communicative. Cette comédie d’un nouveau genre aborde par ailleurs un phénomène de société bien réel en soulignant l’absurdité d’une situation largement partagée qui n’a au fond pas beaucoup évolué depuis l’état des lieux qu’en dressait déjà il y a un demi-siècle Elle court, elle court la banlieue (1973) sous la plume de Nicole de Buron et devant la caméra de Gérard Pirès. Avec en son cœur une certaine forme d’aliénation sociale que Jauvat cherche moins à dénoncer qu’à exposer dans toute son absurdité, de son point de vue d’éternel adolescent qui a un certain mal à couper son cordon ombilical et à trouver sa place dans ce monde si peu accueillant pour les jeunes. Il saupoudre en outre son histoire de détails personnels, à l’instar de cette séquence au cours de laquelle il croise dans la rue un camarade de classe blasé qui lui vante les mérites de l’université McGill du Québec où il poursuit ses études, sans pour autant s’enquérir de la situation de notre héros au profil bas. On est curieux de savoir à quoi ressemblera le prochain opus de ce garçon qui affirme à qui veut l’entendre qu’il ne peut filmer que son univers quotidien, Chelles constituant en l’occurrence son épicentre et sa fenêtre vers l’extérieur.
Jean-Philippe Guerand


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