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“Jay Kelly” de Noah Baumbach



Film américain de Noah Baumbach (2025), avec George Clooney, Adam Sandler, Laura Dern, Billy Crudup, Riley Keough, Greta Gerwig, Patrick Wilson, Emily Mortimer, Isla Fisher, Jim Broadbent, Stacy Keach, Grace Edwards, Eve Hewson, Louis Partridge, Jamie Demetriou, Kyle Soller, Josh Hamilton, Lars Eidinger, Charlie Rowe, Alba Rohrwacher, Thaddea Graham, Patsy Ferran, Nicôle Lecky, Lenny Henry… 2h12. Mise en ligne sur Netflix le 5 décembre 2025.



George Clooney et Adam Sandler



Jay Kelly est une star hollywoodienne immarcescible mais vieillissante qui se complaît dans l’illusion de plateaux comme ceux qui ont nourri la légende et qu’on voit dans Eve (1950) de Joseph L. Mankiewicz où Quinze jours ailleurs (1962) de Vincente Minnelli, caméra sur grue et pliant à son nom inclus. Alors quand un festival italien propose de lui rendre hommage, sa première réaction consiste à décliner l’invitation. Il se ravise toutefois lorsque sa fille lui annonce son intention de partir avec des copains… en Italie. Commence alors un périple qui va prendre l’allure d’une épreuve de vérité pour la star en crise. Chantre d’un cinéma d’auteur américain dont l’indépendance s’est dissoute dans son goût pour les castings prestigieux, Noah Baumbach a offert un cadeau inestimable au cinéma en la personne de celle qui fut sa muse avant de devenir son épouse : Greta Gerwig consacrée depuis championne du box-office comme réalisatrice en transformant Barbie en icône féministe planétaire. Elle tient d’ailleurs ici un rôle secondaire qui n’ajoutera vraiment rien à sa gloire.



George Clooney (au centre)



Aujourd’hui passé du grand écran aux plateformes de streaming entre deux spots pour Nespresso, George Clooney tient ici un rôle qui évoque de façon insistante ceux tenus par Marcello Mastroianni dans La dolce vita (1960) et 8 ½ (1963) de Federico Fellini : celui d’une star confrontée à son statut d’intouchable qui l’a coupé peu à peu de la réalité. Comme si, à trop user ses jours à simuler des sentiments extrêmes, il avait mis en branle un système immunitaire l’empêchant d’éprouver la moindre émotion intime, spontanée et sincère. Noah Baumbach joue habilement de son sens de la représentation permanente et des doutes qui l’assaillent, quitte à s’autoriser quelques séquences mémorables qui auraient pu figurer dans une anthologie si elles ne manquaient pas à ce point d’émotion en choisissant de sacrifier l’être au paraître. À l’instar de son voyage en train vers l’Italie au départ de Paris où il côtoie des admirateurs qu’il s’empresse de convier à venir assister à l’hommage qui lui sera rendu et qui seront au rendez-vous. Là, le réalisme n’est évidemment plus de mise et donne lieu à un numéro de comédie musicale approximatif qui ne semble exister que pour souligner que Jay Kelly est définitivement hors-sol. Le seul moment d’émotion authentique est celui au cours duquel il partage un frugal repas avec celui qu’il considère comme son père de substitution (Jim Broadbent), le vrai (Stacy Keach) l’ayant toujours méprisé. Tout cela n’est évidemment pas bien sérieux et force est de constater qu’en remplaçant sa coscénariste jusqu’à Mistress America (2015), Greta Gerwig, devenue désormais plus célèbre que lui, par la comédienne britannique Emily Mortimer, Noah Baumbach n’a pas vraiment gagné au change. Le film est aussi artificiel que le montage d’extraits de films diffusé en hommage à Jay Kelly. N’y apparaissent que les rôles les plus négligeables de Clooney, c’est-à-dire ceux dont les droits étaient abordables.

Jean-Philippe Guerand






George Clooney

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