Only Rebels Win Film franco-libano-émirati de Danielle Arbid (2026), avec Hiam Abbass, Amine Benrachid, Shaden Fakih, Alexandre Paulikevitch, Cynthia El Khazen, Sami Dekhissi… 1h38. Sortie le 24 juin 2026.
Hiam Abbass et Amine Benrachid
Danielle Arbid n’a pas attendu les derniers événements pour pleurer sur son pays natal, ce Liban devenu le champ de bataille de ses voisins et colonisé par les terroristes du Hezbollah financés par l’Iran. Son sixième film s’attache aux amours d’une veuve d’origine palestinienne avec un réfugié soudanais sans papiers qui pourrait être son fils sinon son petit-fils. Une passion pas simple, pour paraphraser le titre d’un de ses films précédents qui peut aussi s’interpréter de la part de ses protagonistes comme une volonté de bousculer l’ordre établi à travers l’union de deux êtres que tout semble séparer : âge, couleur de peau et religion. La réalisatrice choisit de se concentrer sur l’aspect proprement affectif de cette relation vécue comme un acte de repli et de protection contre les assauts du monde extérieur. Elle s’en remet pour cela à deux acteurs dont elle exploite la merveilleuse alchimie. Hiam Abbass, qu’elle avait dirigée dès 1988 dans son premier court métrage, est devenue au fil du temps l’héritière des plus grandes actrices méditerranéennes par son mélange d’emphase, de lyrisme et aussi, quand il le faut, de retenue. Issu de l’école Kourtrajmé, Amine Benrachid contraste avec elle par sa jeunesse dont l’innocence a pourtant été éprouvée au fil des épreuves qu’a traversées son personnage et qui le mettent en quelque sorte a égalité de vécu avec sa partenaire. C’est précisément là que se situent l’enjeu de leur histoire et aussi son point névralgique.
Hiam Abbass et Shaden Fakih
De peur que son pays ne soit défiguré une fois de plus par les bombardements israéliens, Danielle Arbid a refusé de reconstituer le Liban dans une autre ville et a utilisé un subterfuge qui reflète sa détermination créatrice. Elle a documenté les lieux dans lesquels elle souhaitait circonscrire cette histoire d’amour, puis a dirigé ses interprètes dans un studio de la banlieue parisienne en les intégrant dans ces éléments de décor filmés quant à eux sans âme qui vive. C’est ainsi qu’elle a réussi à préserver l’intégrité de ce pays menacé et à faire face à toutes les éventualités dans un contexte particulièrement menacé. Seuls les rebelles est devenu ainsi au fil de sa réalisation une œuvre de résilience et de résistance qui exploite un dispositif particulier sur le plan cinématographique en recourant à une technique ancienne sinon primitive, la transparence, qui donne un cachet indéniable et pittoresque à certains films des années 50, 60 et 70 où ce trucage ostentatoire a fini par constituer une indéniable valeur ajoutée, notamment dans les scènes de voiture. C’est ici un principe systématique de mise en scène assumé qui confère un charme intemporel à cette romance, en choisissant par ailleurs de placer ses protagonistes dans une sorte de bulle symbolique environnée d’une société libanaise qui utilise l’ironie et le sarcasme pour éviter de sombrer dans le désespoir. Tel est l’enjeu véritable de ce film qui va nettement plus loin qu’il ne pourrait y paraître.
Jean-Philippe Guerand



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