Film espagnol d’Aitor Arregi et José Mari Goenaga (2025), avec José Ramón Soroiz, Nagore Aranburu, Kandido Uranga, Zorion Eguileor, Kepa Errasti, Isaac B. dos Santos, Kevin Medina, Ana Elordi… 1h55. Sortie le 24 juin 2026.
Nagore Aranburu et José Ramón Soroiz
Il existe aux Canaries un lieu où la communauté homosexuelle se retrouve et fraie sans tabous. Des plages où les hommes se rencontrent dans les dunes pour des étreintes spontanées avec ou sans lendemain. C’est dans ce cadre paradisiaque sous le soleil duquel il lézarde depuis un quart de siècle qu’un retraité est bien décidé à finir ses jours. Alors quand, à la suite d’un accident, sa fille se manifeste pour le placer en Ehpad, il a du mal à accepter cette fin de vie sordide et confinée qu’il contrarie ses plans et aussi l’idée qu’il se fait de ses vieux jours… Rarement un film a décrit avec une telle justesse l’état d’esprit d’un homme âgé qui refuse de renoncer à sa liberté et de subir un avenir qui lui échappe. Un personnage indissociable de son interprète, José Ramón Soroiz, auquel son interprétation bouleversante a valu un Goya du meilleur acteur plus que mérité. Il livre une composition tout en retenue sur un registre d’autant plus délicat qu’assez peu de films se sont intéressés à la sexualité des personnes âgées et moins encore à celle des homosexuels seniors, à l’exception notable du film Deux (2019) de Filippo Meneghetti. Maspalomas revendique un militantisme qui n’est jamais ni vindicatif ni prosélyte. Son propos reflète les aspirations d’une génération qui a vécu l’âge d’or de la libération sexuelle et ne voit pas de raison de laisser son rêve se briser sous prétexte que les temps auraient changé.
José Ramón Soroiz
Maspalomas dégage une énergie proportionnelle à la détermination de son protagoniste, hédoniste assumé qui a l’insolence de se comporter comme un gamin et de souligner ainsi sa modernité et sa fantaisie par rapport à sa propre fille. Une caractéristique affirmée aussi récemment par la vieille dame indigne que campait Carmen Maura dans Rue Málaga de Maryam Touzani. Le film d’Aitor Arregi (déjà associé comme réalisateur à deux œuvres remarquables, Une vie secrète et Marco, l’énigme d’une vie) et son compère occasionnel José Mari Goenaga s’impose en cela comme une ode subtile à la tolérance qui démontre que la liberté est moins une question d’âge que d’état d’esprit. Il incarne l’insouciance réjouissante d’un cinéma espagnol qui a dû attendre la fin du franquisme pour s’attaquer à des sujets demeurés longtemps tabous. Une liberté retrouvée qui en fait paradoxalement aujourd’hui l’un des cinémas les plus audacieux sur le plan des mœurs. Sous ses dehors insouciants, ce film affirme un anticonformisme qui passe par une volonté personnelle et une indépendance qui contrastent avec l’image traditionnelle de la vieillesse comme un état de soumission et de déchéance généralement tenus à l’écart du reste d’une société accoutumée à escamoter cette frange de la population en la chassant des grandes villes et en la parquant dans des maisons de retraite. Ce film nous tend un reflet pas vraiment flatteur de ce que nous sommes devenus malgré nous pour ne pas avoir à assumer nos responsabilités vis-à-vis de ceux qu’on avait coutume d’appeler nos anciens quand on leur vouait encore un minimum de respect.
Jean-Philippe Guerand




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