Film français de Michel Leclerc (2026), avec Artus, Julia Piaton, Nemo Schiffman, Niels Hamel-Brochen, Franck Dubosc, Doria Tillier, Suzanne de Baecque, Xavier Robic… 1h54. Sortie le 24 juin 2026.
Franck Dubosc, Doria Tillier et Niels Hamel-Brochen
À trop prendre l’histoire au sérieux, le cinéma français en est arrivé à faire l’impasse sur une catégorie de films qui ont parfois rencontré un vif succès des années 50 aux années 80, avant de céder à la place à des œuvres plus solennelles qui ont eu raison de cette fantaisie. André Hunebelle et Bernard Borderie n’ont pas eu d’héritiers et on est en droit de le déplorer, tant ils ont su nourrir cette veine également populaire en Italie et en Grande-Bretagne. C’est aujourd’hui au tour de Michel Leclerc de se frotter à cet exercice en brodant à partir d’une réalité historique qui n’a que peu inspiré le cinéma : La Fronde. Désireuse de mettre à l’abri le futur roi Louis XIV qui n’est encore qu’un enfant, Anne d’Autriche décide de solliciter le super-héros de son temps, d’Artagnan, pour qu’il mette en sécurité le monarque en puissance. Celui-ci s’empresse de le confier à son tour à une autre figure de l’époque, Cyrano de Bergerac, lequel juge opportun de le dissimuler au sein de la troupe de Madeleine Béjart où Molière rencontre ses premiers succès. Pendant ce temps-là, un jeune sosie est introduit discrètement à la cour afin de sauvegarder les apparences et de servir d’éventuel appât en cas d’attentat. De cet argument rocambolesque, Michel Leclerc, à qui son confrère Alexandre Castagnetti (L’école est à nous) a soufflé l’idée développée avec sa complice Baya Kasmi, tire un film qui ne recule devant aucune audace pour exploiter chacune de ses situations jusqu’à l’extrême. Avec ce corollaire qui consiste à s’interroger sur ce qui serait arrivé si tout ce joli monde s’était pris au jeu. Quitte à donner un petit coup de pouce au destin, le futur roi renonçant au trône par goût pour le théâtre et son esprit de troupe à une époque où l’on n’enterrait pas les comédiens, tandis que son remplaçant apprécie cette existence de rêve qui consiste à demander n’importe quoi pour tout obtenir ou presque.
Niels Hamel-Brochen et Artus
La jeunesse du Roi Soleil a déjà inspiré deux films de tonalités très différentes : Louis, enfant roi (1993) de René Planchon et La prise du pouvoir par Louis XIV (1966) de Roberto Rossellini, qui se concentraient sur l’apprentissage de la fonction suprême d’un être conditionné à régner et élevé avec cet objectif. En aménageant une faille temporelle au sein de ce parcours, Michel Leclerc et ses comparses s’interrogent en fait plus largement sur la force du destin et n’hésitent pas à broder en laissant libre cours à l’imagination la plus débridée. À l’instar de cette grande demoiselle (l’inénarrable Suzanne de Baecque) qui intrigue pour mettre sur le trône un imposteur afin qu’il serve ses plus noirs desseins. Le casting va dans le sens de cette folie, d’Artus en Cyrano à Franck Dubosc en d’Artagnan, en passant par Doria Tillier en régente, Julia Piaton en Madeleine Béjart, Nemo Schiffman en Molière et l’étonnant Niels Hamel-Brochen en petit roi et son double. Le film est porté par un humour rafraîchissant qui n’a aucunement la prétention de chercher à réécrire l’histoire, mais plutôt de l’aérer en émettant des supputations sans véritables conséquences. La solennité de l’histoire officielle s’accommode à merveille de ce genre de traitement qui n’a d’autre prétention que d’émettre une simple suggestion en se demandant ce qui aurait pu arriver si tout n’avait pas fonctionné comme prévu. Le rêve constitue parfois le meilleur remède contre la réalité et Michel Leclerc a su s’y engouffrer avec la fantaisie qu’on lui connaît et en toute modestie. Son film n’a d’autre ambition que de nous offrir deux heures de pur plaisir en nous invitant à laisser caracoler notre imagination sans limites.
Jean-Philippe Guerand


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