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“Jim Queen” de Marco Nguyen et Nicolas Athané



Film d’animation franco-belge de Marco Nguyen et Nicolas Athané (2026), avec (voix) Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon, François Sagat, Harald Marlot, Elisabeth Wiener, Alexandre Brik, Philippe Katerine… 1h25. Sortie le 17 juin 2026.





Égérie de ces “gym queens” qui vénèrent le culte du corps dans les salles de sport en soulevant de la fonte, Jim Queen est une véritable idole adulée de la communauté queer qui s’ébaubit de ses pectoraux impeccables qu’il bichonne un à un pour entretenir une plastique de rêve. Le temps qu’il passe dans les salles de musculation a fait de lui une véritable star admirée et jalousée de tous. Parmi ses fans figure un jeune homme de bonne famille qui réfrène ses penchants vis à vis de ses parents, mais ne se lasse pas de le contempler sous toutes les coutures, alors même qu’il se situe physiquement aux antipodes de cet apollon moderne. Jusqu’au jour où Jim manifeste les premiers stigmates d’un mal étrange : un virus qui menace de transformer les homosexuels en… hétéros. Non seulement ses muscles en font les frais, mais il manifeste désormais des goûts qui lui étaient jusqu’alors étrangers, notamment pour le football, sport populaire donc vulgaire, les chenilles en boîte de nuit, tout en affichant un laisser-aller inédit dans sa façon de s’habiller… Pour leur premier long métrage, Marco Nguyen et Nicolas Athané ont choisi un thème pour le moins singulier auquel ils appliquent un traitement de choc afin de l’ancrer dans la réalité de la communauté gay parisienne, de ses multiples ramifications et de ses lieux de prédilection. Leur graphisme renvoie à une esthétique en cours dans les années 80 et s’inspire notamment d’une certaine tendance des Comics américains en vogue à l’époque où le sida est venu changer la donne sur le plan des mœurs, en associant Eros à Thanatos et en ravageant avec une violence particulière la communauté gay. Malgré cette problématique ô combien douloureuse, Jim Queen joue délibérément la carte de l’humour et même de la tendresse en développant un concept absurde mais lesté de symboles.





Le film repose sur le contraste qui existe entre son héros bodybuildé si attaché à son paraître et son jeune admirateur malingre dont il va devenir le mentor malgré lui, au moment même où il traverse une grave crise identitaire. Le concept même de l’hétérose, ce virus qui semble matérialiser une doctrine morale rétrograde, sert de déclencheur à l’application d’un nouvel ordre moral. La parabole est claire, son traitement d’une originalité sans cesse renouvelée où la musique tient un rôle déterminant par la façon dont elle ancre cette fable dans une époque de folle insouciance : celle précisément qui a vu le sida mettre un terme définitif à la libération sexuelle post-soixante-huitarde et à une évolution des mœurs majeure, du moins en Occident, a posteriori controversée dont le wokisme cristallise aujourd’hui les conséquences. C’est bardé de toutes ces composantes que Jim Queen traite sous la forme de conte initiatique de sujets de société contre lesquels aurait buté un film traditionnel confronté à la nécessité de se lancer dans des explications peu propices à la fantaisie. L’animation constitue ici un langage idéal pour illustrer des concepts parfois délicats à développer et leur confère une légèreté propice aux gags. Or, c’est précisément parce que les réalisateurs accordent la plus grande confiance à leur art qu’ils réussissent à l’appliquer aux idées les plus folles (jeu de mots délibéré), y compris en faisant appel à la personnalité de Philippe Katerine comme icône moderne de l’extravagance devenu mondialement célèbre lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024. Ce film est décidément irrésistible.

Jean-Philippe Guerand






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