Vainilla Film mexicain de Mayra Hermosillo (2025), avec Nattalia Plasencia, Daniela Porras, Maria Castellá, Paloma Petra, Aurora Dávila, Rosy Rojas, Fernanda Baca, Lola Ochoa, Diego Medellin… 1h39. Sortie le 20 mai 2026.
Dans le Mexique de la fin des années 80, sept femmes vivent dans une petite maison menacée de saisie hypothécaire où leur solidarité revêt parfois l’allure d’un combat féministe qui s’affirme moins en tant que geste politique assumé que comme un acte de pure sororité. L’esprit qui baigne ce film est joyeux. Il évoque par son enthousiasme et sa fausse insouciance L’une chante, l’autre pas (1977) d’Agnès Varda mais aussi l’atmosphère conviviale du Grand appartement (2006) de Pascal Thomas, deux œuvres profondément imprégnées de cette utopie soixante-huitarde qui s’est parfois déclinée sous la forme de communautés auto-gérées. Mayra Hermosillo choisit de raconter cette histoire du point de vue de la petite fille qu’elle a été, élevée dans un véritable gynécée familial, ce qui lui permet de justifier la naïveté mais aussi la fraîcheur d’une sorte de conte social qui assume et même revendique son caractère utopique. Le charme de Vanilla naît de la chaleur qui le baigne. Du point de vue de sa réalisatrice, qui est aussi actrice, c’est davantage un hymne à la famille qu’un film à message radical et engagé, même si tout n’y est pas rose et qu’affleurent çà et là des problématiques aussi graves que les violences conjugales ou sexuelles, mais aussi l’inégalité institutionnalisée des sexes au sein de la société. Il émane de ce portrait de groupe avec dames (et demoiselles) un enthousiasme communicatif qui raconte aussi une époque pas si lointaine où cette famille qu’on pourrait qualifier de moderne par son caractère autarcique attirait la suspicion par son indépendance jugée suspecte et sa détermination à traiter les enfants en adultes pour mieux les sensibiliser à l’injustice et les responsabiliser dès le plus jeune âge.
Vanilla tire sa force de sa façon de décrire cette maison comme un royaume minuscule où chaque chambre témoigne de la personnalité de celles qui l’occupent. La mise en scène joue d’ailleurs à dessein du pittoresque de cette cohabitation qui répond à des règles à géométrie variable. Tout l’intérêt du film réside dans le caractère utopique assumé de ce lieu de vie qui incite ses occupantes à se serrer les coudes pour résister aux assauts extérieurs. Un thème universel qui reflète par son apparence le mélange des générations. Comme une maison de poupée dont chaque pièce constituerait à lui seul un monde en soi régi par une convivialité de nature à abolir les différences quand il s’agit de résister aux assauts extérieurs. Une impression qui passe aussi par le traitement esthétique de l’espace né du mélange des souvenirs d’enfance de la réalisatrice et du soin apporté à toutes les composantes artistiques du film, qu’il s’agisse de la photo qui joue sur une large palette de couleurs vives, des décors ou des costumes qui ancrent en outre cette fable dans l’époque qui l’a engendrée. À la noblesse du propos s’ajoute aussi une étrange harmonie du désordre qui confère à Vanilla un caractère plus nostalgique que mélancolique dont on comprend qu’il a surtout contribué à transmettre des valeurs nobles, alors novatrices pour certains mais extravagantes pour d’autres, qui ont façonné des femmes de caractère en les affranchissant du patriarcat et en les encourageant à s’affirmer en empruntant des voies alternatives. Message reçu !
Jean-Philippe Guerand




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