East of Wall Film américain de Kate Beecroft (2025), avec Porshia Zimiga, Tabatha Zimiga, Scoot McNairy, Jennifer Ehle, Jesse Thorson, Chancey Ryder Witt, Clay Pateneaude, Leanna Shumpert, Brynn Darling, Wyatt Mansfield… 1h37. Sortie le 6 mai 2026.
Tabatha Zimiga
Difficile de déterminer si ce film relève du documentaire ou de la fiction, tant il joue à dessein de toutes les caractéristiques inhérentes au cinéma du réel. Ses deux protagonistes sont une mère et sa fille originaires du Sud Dakota qui pratiquent le rodéo à un très haut niveau. Une activité sportive indissociable dans le folklore américain de l’un de ses genres cinématographiques de prédilection : le western. Dans son ranch des Badlands, Tabatha initie des adolescents en crise en leur transmettant son savoir qui est susceptible de créer des vocations et même parfois aussi de donner un nouveau sens à leur vie en miettes. Simultanément sa fille Porshia fait merveille dans les concours auxquels elle participe. Jusqu’au moment où les deux femmes dans une situation matérielle problématique se voient offrir par un riche propriétaire de racheter leur propriété. Le film croise ces deux thèmes en perpétuant une tradition qui court à travers la civilisation américaine, de la littérature de John Steinbeck au cinéma social d’Elia Kazan ou aux chevauchées sauvages de la Chloé Zhao des origines. On y découvre une Amérique restée à la traîne faute de céder aux sirènes de la modernité qui s’acharne à transmettre des valeurs héritées du passé sans toujours prendre en compte la réalité économique contemporaine qui élimine impitoyablement les plus fragiles.
Porshia Zimiga
L’aspect romanesque de ce scénario n’est que le reflet d’une réalité que Kate Beecroft filme avec une rare empathie après s’être imprégnée pendant trois années des us et coutumes de ce microcosme qu’elle observe avec beaucoup d’empathie sinon de sympathie pour ces femmes têtues. La plupart des protagonistes y arborent d’ailleurs leur véritable identité, comme pour entretenir une confusion délibérée et souligner à quel point cette fiction n’est qu’une variante légèrement déformée de la réalité, à travers l’irruption des contingences économiques au beau milieu d’un univers qui entretient les valeurs parfois dérisoires des pionniers. La réalisatrice utilise les ressources du cinéma pour montrer comment la résilience de ces deux femmes leur donne la force de garder la tête haute et de résister aux convoitises d’un potentat local pour lequel elles ne sont sans doute que des usurpatrices par leur volonté commune de revendiquer leur appartenance à un univers dominé depuis toujours par les mâles, ces fameux conquérants du Nouveau Monde adeptes d’activité viriles sinon virilistes, et, pour la fille, de s’imposer comme une championne à part entière dans une discipline qui n’a jamais considéré la mixité avec beaucoup de bienveillance. Reste maintenant à décliner le western au féminin, ce que n’ont osé faire par le passé que des actrices de la trempe de Joan Crawford, Barbara Stanwyck ou Jane Fonda, souvent le temps d’un seul film demeuré sans lendemain. Porshia et Tabatha Zimiga en ont en tout cas l’étoffe par leurs aspirations et leur dignité.
Jean-Philippe Guerand




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