Film franco-belgo-suisse de Catherine Cosme (2025), avec Vimala Pons, Yoann Zimmer, Guilaine Londez, Jean-Luc Piraux, Jane Cosme van Handenhove, Ophélie Bau, Dominique Reymond, Bruno Podalydès, Michaël Bier, Marion Guerrero, Mehdi Dieng, Chris Sers, Mélissa Zehner, Frédéric Roudier, Fani Carenco, Elisa Cousseran, Benoît Hamon… 1h26. Sortie le 6 mai 2026.
De retour chez ses parents avec lesquels les liens se sont peu à peu distendus faute de dialogue, une photographe découvre la situation tragique dans laquelle ils vivent. Tandis que sa mère lutte en silence contre la maladie, son père fait son possible pour sauvegarder les apparences. Mais lorsque le vernis craque, c’est toute la famille qui risque d’être emportée par l’irresponsabilité de ce couple à la dérive. Sauvons les meubles est la chronique naturaliste d’une famille dysfonctionnelle au sein de laquelle personne n’exerce vraiment d’autorité ni n’assume ses responsabilités. Ici intervient la qualité du casting qui fait toute la différence. La fille aînée, c’est Vimala Pons dans un emploi nettement plus grave que ceux auxquels elle nous a habitués jusque-là qui semble confirmer le tournant déterminant amorcé par sa carrière depuis son rôle dans L’attachement de Carine Tardieu. La mère, c’est la trop méconnue Guilaine Londez à qui ses débuts dans Nuit et jour (1991) de Chantal Akerman laissaient augurer une carrière qui trouve ici une sorte de point d’orgue dans le contre-emploi écrasant d’une femme à bout de souffle. Avec aussi deux outsiders parfaits, le frère fragile incarné par Yoann Zimmer et le père fantasque campé par Jean-Luc Piraux, ainsi que les seconds rôles d’une justesse rare qu’interprètent Ophélie Bau en infirmière empathique, Dominique Reymond en banquière et Bruno Podalydès en comptable, parfois juste le temps d’une scène, mais toujours avec une réelle nécessité.
Au-delà du portrait de famille qu’il brosse, le premier long métrage de la décoratrice des deux derniers films de Stéphane Demoustier s’attache d’abord à tous ces mots qu’on ne dit pas et qui creusent peu à peu des abîmes d’incompréhension. Catherine Cosme pointe également du doigt l’un des dangers les plus pernicieux de notre époque : le crédit et ses multiples variantes qui ruinent tant de petites gens en les encourageant en permanence à céder à la tentation en leur donnant l’impression que le superflu peut s’avérer essentiel. Sauvons les meubles est la chronique amère d’une société de consommation qui a engendré la misère et le désespoir en instaurant la tentation permanente. Un monde cruel régi par de bons petits soldats du capitalisme qui se contentent d’exécuter des ordres et d’appliquer des procédures en transformant les êtres les plus vulnérables en consommateurs compulsifs. Le film montre en outre admirablement ce que c’est de vieillir dans une société qui ne prend pas soin de ses aînés ni ne les protège et où le fossé des générations est devenu une sorte de Triangle des Bermudes où se noient les plus vulnérables. Le constat de Catherine Cosme est cruel mais pertinent par la façon dont il transforme un sujet ô combien intime en une réflexion plus vaste sur une société en danger d’implosion pour laquelle le vivre ensemble est devenu progressivement un leurre faute de dialogue et d’entraide. Difficile de rester sourd à ce cri du cœur qui nous concerne tous, qu’on l’admette ou non.
Jean-Philippe Guerand




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