Le assaggiatrici Film italo-belgo-suisse de Silvio Soldini (2025), avec Elisa Schlott, Max Riemelt, Alma Hasun, Emma Falck, Olga von Luckwald, Kriemhild Hamann, Thea Rasche, Peter Schorn, Berit Vander, Nicolo Pasetti, Boris Aljinovic, Marco Boriero… 2h03. Sortie le 20 mai 2026.
Elisa Schlott
Enfermé dans une paranoïa aiguë, Adolf Hitler fait recruter dans les environs de son bunker surnommé la Tanière du loup quelques femmes dont la réputation est passée au peigne fin. Elles seront réunies dans un lieu tenu secret où sont acheminés les plats que doit déguster le Führer afin de prévenir toute tentative d’empoisonnement. Un protocole inspiré de celui mis au point par les empereurs de la Rome antique pour déjouer les attentats contre leurs augustes personnes. Cette histoire a été révélée peut de temps avant sa mort par une de ces goûteuses qui n’ont pourtant jamais rencontré l’homme qu’elles étaient ainsi chargées de protéger au risque de leur propre vie. Si c’est un réalisateur italien qui s’est intéressé à cette histoire ignorée, c’est qu’elle n’a été révélée qu’en 2012 par Margot Wölk, une vieille dame de 94 ans qui était la seule du groupe à avoir survécu à la guerre et avait gardé son secret en elle jusqu’aux portes de la mort. L’Italienne Rosella Postorino en a tiré un roman intitulé “La goûteuse d'Hitler” (Albin Michel, 2019) qui a inspiré à son tour à son compatriote Silvio Soldini un film. Le cinéaste brosse ainsi un tableau saisissant des derniers mois du Troisième Reich, au moment où la confiance du peuple allemand vis à vis de ses dirigeants commence à s’amenuiser et où ce peuple soumis à son leader se met à suspecter son voisin dans une atmosphère de paranoïa délirante. Le sujet peut paraître anecdotique en regard des horreurs qui se déroulent au même moment. Il est révélateur du climat de suspicion dans lequel baigne alors un régime qui se replie lui-même et commence à se méfier de tout. C’est d’ailleurs son principal intérêt sur le plan historique.
Elisa Schlott, Alma Hasun, Emma Falck
Olga von Luckwald, Kriemhild Hamann, Thea Rasche
Le film repose sur la répétition d’un protocole sans cesse recommencé qui contraint ces femmes prises en quelque sorte en otage contre leur gré, non seulement à cohabiter et à se soumettre à leurs geôliers, mais à se surveiller et à se jalouser. Reste que c’est là que le film atteint ses propres limites en dépeignant ces Allemandes prêtes à se sacrifier pour leur Führer comme des citoyennes exemplaires. Comme si simultanément, l’exécution méthodique de la Solution finale, l’interminable bataille de Stalingrad et tant d’autres monstruosités n’étaient pas d’une importance ô combien plus considérable que le sort dérisoire de ces patriotes animées par des instincts primaires auxquelles on croit utile de consacrer un livre et un film qui donnent l’impression fâcheuse de vouloir en faire des héroïnes oubliées. À huit décennies de distance, c’est comme si la mémoire changeait de camp et croyait utile de célébrer celles et ceux dont on n’avait jamais parlé jusqu’à présent. Et pour cause ! On peut donc aller voir ce film, mais il faut garder à l’esprit que l’histoire qu’il raconte est anecdotique, même si elle est vraie. C’est sans doute ce recul qui a manqué au modeste réalisateur de Pain, tulipes et comédie (2000) pour la mettre en perspective et souligner à quel point elle reste anecdotique voire triviale quand l’une de ces goûteuses, lasse d’attendre son mari parti au front, succombe au charme d’un officier. Toutes les vérités ne sont sans doute pas bonnes à montrer. En tout cas pas comme ça. Surtout à une époque où les jeunes générations ont tant de mal à accepter d’être confrontées aux horreurs qu’ont subi leurs aïeux et que certains souhaiteraient qu’on jette aux oubliettes. C’est sans doute tout ce que mérite ce film douteux qui érige un caprice d’autocrate en acte de bravoure patriotique.
Jean-Philippe Guerand
Elisa Schlott et Olga von Luckwald




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