Primavera Film italo-français de Damiano Michieletto (2025), avec Tecla Insolia, Michele Riondino, Fabrizia Sacchi, Andrea Pennacchi, Valentina Bellè, Stefano Accorsi, Miko Jarry, Hildegard de Stefano, Paolo Rozzi, Federica Girardello, Cosima Centurioni, Chiara Sacco, Rebecca Antonaci, Alessandro Bressanello… 1h51. Sortie le 29 avril 2026.
Fabrizia Sacchi et Tecla Insolia
En dépit de son titre français qui semble assigner ce film au statut de biopic, il s’agit là d’une formule qui relève du pur marketing. Le laconique Primavera originel possède l’insigne mérite d’assumer sa dualité : d’un côté le printemps de la vie de sa jeune orpheline, de l’autre la première des “Quatre saisons”, œuvre emblématique de la musique baroque sur laquelle la bande originale fait habilement l’impasse, témoignant ainsi de la détermination du film à montrer une facette plus méconnue de ce compositeur qu’on a trop souvent tendance à réduire à ce véritable tube avant l’heure. Son point de vue assumé est en fait celui d’une jeune violoniste recluse dans l’hospice où officie comme maître de musique Antonio Vivaldi, personnalité charismatique qui la fascine comme ses compagnes par son charme ténébreux autant que par son talent. Bref, une rock star avant l’heure surnommée “le prêtre roux” en raison de la couleur de sa chevelure. Loin des conventions du biopic traditionnel, ce film italien tout en retenue évoque le futur compositeur en violoniste virtuose confronté à des responsabilités artistiques majeures au sein de l’Ospedale della Pietà à Venise, orphelinat et conservatoire de musique de haut niveau qui recueille des jeunes filles amenées à se produire pour de riches mécènes de cette institution. Un gynécée sacré dont les pensionnaires réfrènent leur pulsions adolescentes et se défoulent à travers la musique.
Michele Riondino
Tout l’intérêt du film réside dans le fait que Vivaldi en est l’objet davantage que le sujet et que le réalisateur choisit de le décrire comme une sorte de rock star avant l’heure, véritable coq dans un poulailler peuplé de donzelles dont le destin semble conditionné par leur statut de pupilles. Loin de jouer des anachronismes, le film revendique une rigueur historique intéressante en se concentrant sur une période de l’existence de Vivaldi au fond assez méconnue malgré les films qui ont été consacrés à sa gloire, qu’il s’agisse de Rouge Venise (1989) d’Étienne Périer ou d’Antonio Vivaldi, un prince à Venise (2006) de Jean-Louis Guillermou, sous les traits respectifs de Wojciech Pszoniak et de Stefanano Dionisi. Avec cette fois aux commandes un metteur en scène d’opéra de renom en la personne de Damiano Michieletto qui signe là un premier long métrage à la fois intime et fastueux sur l’éveil au désir et à la passion d’une jeune fille (Tecla Insolia révélée dans la série L’art de la joie) qui n’a a priori que peu de prise sur son destin et se fond par sa tenue rouge (on pense inconsciemment à La servante écarlate) dans le chœur de ses compagnes, face à ce prêtre charismatique concentré sur sa création et devenu malgré lui le coq de ce poulailler. Un rôle campé par le ténébreux Michele Riondino couronné du David di Donatello 2024 du meilleur acteur pour sa première réalisation, restée inédite en France, Palazzina Laf. Loin d’être une reconstitution empesée, ce film élégant se livre à une réflexion sur la gloire qui trouve d’évidentes correspondances dans notre époque toujours prompte à idolâtrer, même si c’est par de tous autres moyens que cette admiration silencieuse. C’est tout l’intérêt de cette chronique vénitienne fort réussie.
Jean-Philippe Guerand




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