Film hollando-belgo-français de Muriel d’Ansembourg (2025), avec Caolán O’Gorman, Safiya Benaddi, Andrew Howard, Alessa Savage, Lyndsey Marshal, Kate Kennedy, Hana Hrzic, Anton Valensi, Cameron James-King, Julian Cruiming, Buddy Skelton, Helena Braithwaite, Dave MacRae… 1h42. Sortie le 15 avril 2026.
Alessa Savage et Caolán O’Gorman
Alec mène une double vie. Aux yeux de l’extérieur, cet orphelin de mère est un lycéen plutôt réservé qui endure stoïquement les railleries de ses condisciples. Dans le privé, il réalise à domicile les films pornographiques dont son père et sa compagne sont les vedettes. Alors, le jour où l’une de ses enseignantes l’associe à l’une de ses camarades de classe pour réaliser un exposé, cet adolescent rompu en spectateur aux pratiques sexuelles les plus extrêmes va devoir baisser la garde et laisser s’exprimer ses sentiments face à une copine de son âge façonnée par #MeToo et nullement disposée à jouer les femmes objets. Le sujet de ce film peut choquer. Il confronte en fait une marchandisation des corps héritée des années 70 à l’essor contemporain du féminisme militant. Des mondes a priori inconciliables qui suscitent pourtant ici une réflexion passionnante sur la cohabitation de ces deux univers. Le scénario s’appuie sur une double confrontation qui s’avère passionnante par la richesse de ses protagonistes : d’un côté, le conflit des générations peu marqué entre le père et son fils, de l’autre, la complicité de circonstance entre l’actrice porno et la lycéenne. Avec à la conjonction des deux cet adolescent qui semble parfois plus mûr que son père en ce qui concerne la gestion du quotidien, mais qui ne connaît de l’amour que ses manifestations les plus fantasmatiques et a davantage de mal à exprimer ses sentiments, faute d’une présence maternelle.
Andrew Howard et Caolán O’Gorman
L’audace de Truly Naked réside dans le regard qu’y porte Muriel d’Ansembourg sur l’amour -déjà remarqué dans son court métrage Good Night (2012)- au cœur d’un univers pour le moins sulfureux. Ses quatre protagonistes apparaissent comme des êtres écorchés que la situation va contraindre à sortir de leur coquille et à cesser de se mentir à eux-mêmes en assumant ces sentiments qu’ils refoulent. La réalisatrice n’a cure de la morale et se garde bien de porter un jugement sur ses personnages. Le père et sa compagne tournent à la chaîne en s’efforçant de renouveler leurs ébats pour un public invisible, tandis que le fils concilie tant bien que mal son quotidien de lycéen avec ses activités de cinéaste avec une schizophrénie qui ne semble pas lui poser le moindre problème, tant elle a façonné le jeune homme qu’il est devenu. Sinon que sa vision de l’amour s’en trouve singulièrement affectée et qu’il s’est recroquevillé sur lui-même en jouant les rôles auxquels on l’a assigné. Le titre du film, qu’on pourrait traduire par Vraiment nu, s’avère d’ailleurs assez explicite et oppose à l’impudeur de ces corps fatigués qui copulent devant la caméra le point de vue indifférent d’un adolescent vraisemblablement encore vierge à la violence du premier amour. Le tout dans un contexte où les femmes-objets du cinéma porno ne sont plus que des fantasmes à l’usage des voyeurs et un monde qui s’est déconstruit en réaction au patriarcat, y compris dans l’Angleterre profonde où se déroule cette histoire. Il émane de cette étude de mœurs autant de charme que de pertinence, notamment grâce à la justesse de son casting, à la complexité des sentiments qui s’y expriment et sans doute pour une part aussi au regard féminin qui s’y manifeste.
Jean-Philippe Guerand




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