Film français de Camille Ponsin (2025), avec Céline Sallette, Lou Lampros, Bertrand Belin, Marion Suzanne, Najib Oudghiri, Laurent Papot, Alexandre Sarrazin, Héloïse Janjaud, Swan Starosta, Christelle Cornil, Anne-Lise Heimburger, Luc Palun, Clément Cassiede, Pascal Durozier, Marilyne Canto… 1h41. Sortie le 8 avril 2026.
Céline Sallette
Une jeune fille élevée dans une communauté de citadins retournés à la terre décide un jour de leur fausser compagnie pour se mettre elle-même en marge du monde au sein duquel elle a grandi qui l’a poussé à s’éloigner à son tour du troupeau. Un geste de rébellion qui suscite le trouble parmi ceux qui la connaissent depuis toujours et s’interrogent sur ses véritables motivations, sans vraiment remettre en cause leurs propres choix. Tout l’intérêt de ce film provient du fait qu’il s’inspire d’événements authentiques et s’articule comme une remise en cause de certaines thèses scientifiques, tout en illustrant une utopie qui a fait florès au cours de la période post-soixante-huitarde, mais s’est souvent fracassée contre une réalité moins idyllique. Il suffit de se promener dans les Cévennes pour constater la quantité de maisons abandonnées par ces doux rêveurs venus des villes qui ont cru pouvoir se transformer en campagnards sans en mesurer la rigueur. Venu du documentaire, Camille Ponsin a passé beaucoup de temps à préparer ce premier long métrage qui témoigne de sa rigueur et se présente en quelque sorte comme une version contemporaine de L’enfant sauvage de François Truffaut, mais aussi comme un constat d’échec sans appel. Il ne ménage pas ses protagonistes et souligne à quel point leurs choix existentiels radicaux les ont menés dans une impasse dont seuls leurs propres enfants pourront les faire sortir.
Bertrand Belin
Le film s’ouvre par un repas convivial où perce une pointe d’agacement et pas mal de sous-entendus. Le cadre est posé. Dès lors, le groupe va se fissurer et prendre conscience de l’impasse dans laquelle il s’est embarqué. Le constat est sans appel. Il convient de souligner la qualité de la prestation de la trop rare Lou Lampros dans le rôle de cette fille farouche qui sert de révélateur à ces adultes bercés d’illusions qui l’ont élevée dans un contexte où la liberté a paradoxalement accentué son sentiment de révolte. Face à elle, Céline Sallette joue la mère désarçonnée qui prend peu à peu conscience de ses responsabilités et de ce qu’elle a refusé d’admettre jusqu’alors, malgré des signes extérieurs annonciateurs pourtant inquiétants dont ce toit symbolique sur lequel elle choisit de se réfugier à tout propos qui l’amènera ensuite à chercher du réconfort dans les branches des arbres. Comme si le salut se trouvait au plus près du ciel et qu’il était indispensable de prendre une certaine hauteur pour avoir une juste vision de la situation. Sauvage est l’aboutissement d’un long processus de la part de son réalisateur, observateur attentif et attentionné des néo-ruraux qui applique un traitement rigoureux à un sujet de société au travers duquel affleure une réflexion universelle sur l’illusion de la liberté et une utopie confrontée à sa propre absurdité. Une dénonciation d’autant plus courageuse qu’elle passe par la confrontation la plus fondamentale qui soit : celle d’une mère et de sa fille contraintes de se remettre en question, sous peine d’une rupture inéluctable.
Jean-Philippe Guerand




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