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“Polvo serán” de Carlos Marqués-Marcet



Film hispano-suisso-italien de Carlos Marqués-Marcet (2024), avec Ángela Molina, Alfredo Castro, Mònica Almirall, Patricia Bargalló, Alván Prado, Manuela Biedermann, Emma Corbacho, Pol Garibaldi Gris, Nicolás Fuentes, Vito Pietroburgo, Irene Ta, Valeria Scheilen, Aleix Plademunt, Lissy Pernthaler, Silvan Luley, Lorena Nogal… 1h46. Sortie le 29 avril 2026.



Alfredo Castro et Ángela Molina



Une femme atteinte d’une tumeur cérébrale inopérable décide de partir en Suisse afin d’abréger ses souffrances grâce aux services d’une institution spécialisée qui va accompagner ses derniers moments. Ce sujet tabou a notamment déj inspiré deux films français : Tout s’est bien passé (2021) de François Ozon et On ira (2025) d’Enya Baroux. Le poids de la religion catholique fait paraître paradoxalement ce propos moins audacieux en Espagne où l’euthanasie volontaire et le suicide assisté légalisés en mars 1991 sont loin d’avoir résolu tous les aspects de cette problématique fondamentale qui en cristallise d’autres. L’originalité de Polvo serán réside dans le parti pris adopté par son réalisateur qui applique à ce sujet de la plus haute gravité un traitement cinématographique pour le moins audacieux en aménageant son film de séquences de comédie musicale. Il ponctue ainsi un propos qu’on pourrait juger solennel de cinq scènes stylisées qui fonctionnent comme autant de ponctuations oniriques. Carlos Marqués-Marcet trouve en outre une interprète idéale en la personne d’Ángela Molina, jeune septuagénaire qui a ajouté récemment des rôles significatifs à sa filmographie dans la parenthèse gitane du Dernier souffle de Costa Gavras et Cosmos de Germinal Roaux (sortie le 6 mai), toujours sur le registre prématuré de la mort. Elle a en outre ici un partenaire de choix en la personne de l’acteur chilien Alfredo Castro.



Ángela Molina, au centre



D’un sujet tragique s’il en est, Carlos Marques-Marcet tire un film délibérément disruptif qui repose pour une bonne part sur des numéros de comédie musicale d’une audace formelle assumée. La gravité du sujet bénéficie de ce traitement très efficace qui lui confère un caractère poétique d’autant plus efficace que le scénario est au fond assez mince et qu’il repose pour l’essentiel sur la confrontation intime de ses deux interprètes principaux traitée comme un pas de deux plus léger que son contexte funèbre ne pourrait le laisser présager. Cette stylisation n’est pas nouvelle. Le théâtre, l’opéra et le cinéma s’y sont déjà livrés par le passé, souvent avec une indéniable efficacité. Le traitement est ici délibérément audacieux, notamment par son usage du blanc au lieu du noir et l’implication de ses interprètes et en premier lieu de la diva de la scène qu’incarne Ángela Molina, en s’appropriant comme une véritable petite danse de mort ce dispositif chorégraphié par la troupe de La Veronal de Marcos Morau et éclairé par Gabriel Sandru sur une partition musicale composée par Maria Arnal. L’une des particularités du film consiste à s’appuyer sur ses ruptures de ton assumées et à briser sa propre solennité par des ballets graphiques qui surgissent parfois aux moments les plus inattendus et s’articulent en contrepoint de confrontations intimes et parfois même intimistes au caractère tragique revendiqué. Avec en guise de fil rouge la splendeur d’un adieu inéluctable.

Jean-Philippe Guerand




Ángela Molina, au centre

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