Documentaire français d’Avril Tambouret et Vladimir Rodionov (2025), avec Jean Rochefort, Anouk Aimée, Jacques Perrin, Jean-Claude Carrière, Édouard Baer, Claude Lelouch… 1h11. Sortie le 8 avril 2026.
Jean Rochefort
Pas la peine de consulter une histoire du cinéma ou un dictionnaire des films. Le nom d’Alexandre Trannoy n’y figure pas. Pour une raison simple : en trente ans d’activité, ce réalisateur n’a vu aucun de ses projets aboutir. Il a pourtant collaboré avec les plus grands noms du cinéma français conviés ici à témoigner de leur collaboration avec cet électron libre qui a marqué bien des esprits de sa personnalité insaisissable. Comme souvent quand il est question d’évoquer des figures du passé sur le long terme, les témoins sollicités ne sont plus de ce monde quand le projet aboutit enfin. Le générique de ce documentaire palpitant ressemble parfois à un mausolée : Jean Rochefort (mort en 2017), Jean-Claude Carrière (disparu en 2021), Jacques Perrin (décédé en 2022) et Anouk Aimée (partie en 2024) effectuent tous leur ultime apparition à l’écran pour évoquer la personnalité d’un homme de l’ombre auquel un destin chagrin aura interdit d’entrer dans la lumière. Avec cette particularité que les spectateurs découvrent peu à peu à travers leurs témoignages parfois émouvants et en tout cas émus un créateur dont personne n’a jamais pu voir le moindre film digne de ce nom, mais qui a durablement impressionné celles et ceux dont il a croisé la route. Pour la simple raison qu’il n’a jamais réussi à mener à bien aucun de ses projets, mais a continué à aller de l’avant contre vents et marées. Quitte à lâcher la proie pour l’ombre. Sans aigreur, sans remords, mais probablement pas sans regrets, même s’il s’est bien gardé d’en laisser rien paraître publiquement.
Alexandre Trannoy
Cinéphiles tenaces et acharnés, Avril Tambouret et Vladimir Rodionov lèvent le voile sur un artiste majeur dont la carrière énigmatique prête le flanc aux plus folles des supputations. À en juger par les témoignages qu’ont recueilli les réalisateurs, il y avait chez cet Alexandre Trannoy emporté dans une sorte de spirale infernale une fascination pour l’inachevé pour ne pas dire l’échec. Comme si une force invisible l’empêchait d’aller au bout de ses rêves et d’avoir à assumer un héritage trop écrasant. Biberonné par les plus grands maîtres du septième art, cet artiste maudit était assurément de ceux qui étaient appelés à devenir eux-mêmes des références par la haute conscience qu’il avait de ses responsabilités de créateur et son envie de creuser son propre sillon sans pour autant se répéter. Au point que ses exégètes se sont déchaînés à partir de ses intentions sans pouvoir pour autant se référer à la moindre œuvre achevée. Une gageure absurde qui a donné du grain à moudre aux critiques les plus exigeants, mais n’a fait que nourrir la frustration du public privé de films terminés. C’est sur ce sentiment étrange que surfe ce biopic documentaire traversé par un souffle romanesque peu commun. En espérant que des chercheurs parviennent à retrouver toutes ces images disparues qui nous manquent cruellement pour juger en pleine connaissance de cause du talent sinon du génie de cet aventurier des rushes perdus que semble avoir été de toute évidence le fascinant Alexandre Trannoy.
Jean-Philippe Guerand




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