Film belgo-canadien de Marta Bergman (2025), avec Salim Kechiouche, Zbeida Belhajamor, Clara Toros, Abdal Razal Alsweha, Lucie Debay, Michaël Abiteboul, Yoann Zimmer, Isabelle de Hertogh, Marie Denarnaud, Blanche Pembe, Bogdan Zamfir, Natali Broods, Catherine Proulx-Lemay… 1h44. Sortie le 29 avril 2026.
Zbeida Belhajamor et Salim Kechiouche
L’histoire est loin d’être inédite. Elle court depuis des lustres à travers le cinéma occidental et s’attache au sort de ces populations venues d’ailleurs dont certains ressortissants chassés par la guerre et la misère de leurs contrées défavorisées échouent sur les trottoirs de villes plus prospères qu’accueillantes. L’enfant bélier adopte un point de vue quelque peu différent à travers le combat que livre un couple de clandestins syriens pour passer en Angleterre et sa rencontre avec un policier affecté à traquer les passeurs dans des circonstances particulièrement dramatiques. Sujet tragique traité sur le mode de l’étude de caractères qui tire tout son intérêt de la proximité qui existe entre le représentant de la loi et ces indésirables dont il aurait aussi bien pu faire partie dans d’autres circonstances. Marta Bergman s’en remet à trois protagonistes qui témoignent d’un casting très judicieux et joue notamment sur le vécu d’Abdal Razal Alsweha, réfugié syrien devenu coiffeur qui nourrit son personnage de ses souvenirs personnels, face à la comédienne tunisienne Zbeida Belhajamor révélée quant à elle par sa composition dans Une histoire d’amour et de désir. Un couple de cinéma qui puise son authenticité dans son besoin vital de protéger sa petite fille de deux ans et demi devenue son guide malgré elle à travers un dédale administratif à l’issue incertaine et face à des fonctionnaires qui se contentent de faire leur devoir en essayant de faire fi de leurs états d’âme, à l’instar du policier humain trop humain que campe Salim Kechiouche, interprète de prédilection de Gaël Morel et Abdellatif Kechiche.
Lucie Debay, Michaël Abiteboul
Abdal Razal Alsweha et Yoann Zimmer
Le film trouve un juste équilibre entre la détresse des migrants et le sens du devoir de celles et ceux qui ont pour mission de les traquer, avec pour point de rupture ce moment où les événements les conduisent à se rapprocher dans un pur réflexe d’humanité. L’enfant bélier n’est que le deuxième long métrage de fiction de la réalisatrice belge d’origine roumaine Marta Bergman révélée par Seule à mon mariage (2018) après une demi-dizaine de documentaires. Elle témoigne de son appétence pour le cinéma du réel en croisant ici deux thèmes qui courent à travers l’ensemble de son œuvre : les minorités et les migrations. L’une des plus grandes qualités de son film réside dans le soin qu’elle met à ne jamais prendre en otage le spectateur en poussant outre mesure le curseur des sentiments. D’un sujet qui aurait pu donner lieu à un traitement dramatique sinon mélodramatique, elle tire un constat sans appel sur une situation banalisée par les médias traditionnels où les migrants se sont vus peu à peu dépossédés de leur nationalité et même de leur identité pour devenir des données statistiques anonymes à l’usage des rapports administratifs. Ce film noble et dépouillé leur rend en cela une précieuse dignité qui interpelle notre mauvaise conscience de privilégiés sans sombrer pour autant dans le piège du manichéisme.
Jean-Philippe Guerand




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