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“Le diable s’habille en Prada 2” de David Frankel



The Devil Wears Prada 2 Film américain de David Frankel (2026), avec Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci, Kenneth Branagh, Simone Ashley, Lucy Liu, Justin Theroux, B. J. Novak, Pauline Chalamet, Helen J. Shen, Conrad Ricamora, Caleb Hearon, Tracie Thoms, Tibor Feldman, Rachel Bloom, Patrick Brammall, Donatella Versace, Lady Gaga… 1h59. Sortie le 29 avril 2026.



Anne Hathaway, Meryl Streep et Stanley Tucci



Avant de devenir un succès du box-office, il y a tout juste vingt ans, Le diable s’habille en Prada a été un phénomène de librairie sous la signature de Lauren Weisberger, laquelle a occupé la position stratégique d’assistante d’Anna Wintour, la rédactrice en chef mythique du magazine “Vogue” américain. Une personnalité sulfureuse dont elle a pourtant nié qu’elle lui avait inspiré le personnage principal de son best-seller, Miranda Pristley, immortalisée à l’écran par Meryl Streep avec une savoureuse férocité. Alors que le roman a engendré une suite intitulée “Vengeance en Prada : Le retour du diable” accueilli plutôt sévèrement en 2013, Le diable s’habille en Prada 2 dépeint un milieu où les luttes de pouvoir se déroulent dans une atmosphère délétère et reprend davantage les personnages que l’intrigue proprement dite. Cette suite particulièrement tardive qui s’est longtemps heurtée au refus de ses deux interprètes principales d’y participer réunit toutefois les composantes de l’opus initial : le quatuor glamour que complètent Anne Hathaway, Emily Blunt et Stanley Tucci, mais aussi la scénariste Aline Brosh McKenna et le réalisateur David Frankel. Seule l’époque a vraiment changé et le film souligne la violence de la crise qui frappe la presse américaine et ces nouvelles méthodes barbares qui consistent pour les magnats à licencier par SMS des rédactions entières, envoyés spéciaux à l’étranger compris. Un véritable séisme dans un milieu qui accorde une importance capitale aux apparences et s’obstine à courir après le jeunisme. L’occasion pour la trop rare Meryl Streep de ne faire qu’une bouchée de cette icône aux cheveux d’argent qui assume et même revendique ses 75 ans comme un titre de gloire.



Stanley Tucci et Anne Hathaway



Vingt ans après, la toute puissante directrice iconique du magazine “Runway” se trouve confrontée à deux de ses anciennes stagiaires : l’une en tant que rédactrice en chef, l’autre en qualité de patronne de la succursale locale de Dior. Bien qu’elle ait quelque mal à accepter de traiter d’égale à égale avec ses ex-subordonnées, elle va devoir compter sur elles pour sauver son paquebot à la dérive, quand la mort subite de son propriétaire donne des ailes à son fils ambitieux. Il y a vingt ans, Le diable s’habille en Prada imposait un nom de marque dans un titre de livre puis de film, tout en permettant au grand public d’avoir l’illusion de pénétrer le monde glamour de la mode alors inaccessible au commun des mortels. L’avènement des réseaux sociaux a achevé entre-temps de briser le secret de cette citadelle et laissé les influenceurs s’en emparer. Cette suite tardive prend en compte l’évolution des mœurs et le poids des marques dans un monde qui se repaît de ses artifices et vénère des valeurs au fond assez artificielles dont le film se moque sans véritable méchanceté, lançant çà et là des piques à sa façon d’accorder une importance démesurée à des détails accessoires sinon des caprices dérisoires. Avec un renversement cocasse du patriarcat où ce sont les femmes qui exercent le pouvoir, mais où ce sont les hommes qui leur en donnent les moyens financiers. Il faut prendre ce film pour ce qu’il est : un plaisir coupable et passablement régressif sur un monde où tout n’est que vanité.

Jean-Philippe Guerand





Meryl Streep

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