Le Città di Pianura Film italo-allemand de Francesco Sossai (2025), avec Filippo Scotti, Sergio Romano, Pierpaolo Capovilla, Roberto Citran, Andrea Pennacchi, Simone Bergamasco, Giulia Bertasi, Eva Bortoluzzi, Francesco Busolin, Mauro Candeago, Corrado Ciliotta, Gianni da Re, Diego de Francesco, Lorena de March, Lea di Leo… 1h40. Sortie le 8 avril 2026.
Pierpaolo Capovilla, Filippo Scotti et Sergio Romano
Trois hommes accomplissent une tournée des bars jusqu’à plus soif qui affiche les signes extérieurs les plus reconnaissables de la chronique d’apprentissage. Les deux aînés sont des soulographes quinquagénaires endurcis qui cultivent une philosophie de la vie dépourvue de toute amertume, leur cadet est un étudiant en architecture influençable qui manque autant d’assurance que de certitudes, mais a autant à apporter à ses compagnons d’une nuit que ce qu’ils essaient de lui transmettre entre deux verres. Ce trio pittoresque évoque à six décennies de distance le tandem formé par Vittorio Gassman et Jean-Louis Trintignant dans Le fanfaron (1962) de Dino Risi, mais aussi le duo constitué la même année par Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo au cours de la nuit d’ivresse d’Un singe en hiver d’Henri Verneuil. Dans la meilleure tradition du genre, la répartition des rôles assigne aux uns le rôle de mentors et à l’autre celui de modérateur. Cette virée superbe adopte assez vite l’apparence d’une chronique d’apprentissage bourrée de tendresse dont les protagonistes ne sont pas à proprement parler ni des marginaux ni des rebelles, mais plutôt des laissés-pour-compte de la société comme les a toujours affectionnés le cinéma transalpin. Deux compères dotés d’un solide tempérament qui rallient à leur cause un troisième larron avec qui ils n’ont que peu de points communs mais lui donnent à observer par leur philosophie hédoniste de la vie ce qu’il risque de devenir à son tour, s’il n’accomplit pas les choix les plus raisonnables vers lesquels semble le mener son caractère.
Sergio Romano et Pierpaolo Capovilla
À ne pas confondre avec l’adaptation homonyme du récit d’Hervé Chabalier sur sa dépendance à l’alcool, Le dernier pour la route prend plutôt l’allure d’une errance initiatique où deux représentants fatigués d’une génération passée se trouvent confrontés à un jeune homme sur lequel il projettent leurs illusions perdues, alors que celui-ci incarne autant la nostalgie que l’espoir et se présente en quelque sorte comme une feuille blanche sur laquelle ils sont tentés de projeter tous les projets qu’ils ne sont pas parvenus à réaliser eux-mêmes. Présenté dans le cadre d’Un certain regard l’an dernier, le deuxième long métrage de Francesco Sossai -le premier, Altri cannibali (2021), est resté inédit en France- s’impose par sa délicatesse psychologique et une mélancolie communicative. C’est autant un constat désenchanté qu’un message d’espoir. Le passage de relais touchant de deux éclopés de la génération perdue des années 70 qui ne se lamentent jamais sur eux-mêmes et mettent leur expérience, à défaut de sagesse, au service de leur protégé qui n’a probablement pas grand-chose de commun avec ceux qu’ils ont été, sinon cet âge des possibles que représente la jeunesse. La beauté du film repose sur son absence totale de complaisance associée à la personnalité de ses protagonistes aux visages peu connus en France : l’acteur de théâtre Sergio Romano, le poète et musicien Pierpaolo Capovilla et Filippo Scotti, le jeune homme révélé par Paolo Sorrentino dans La main de Dieu. Résultat : un joli Road Movie initiatique qui nous entraîne dans des paysages méconnus de la Vénétie.
Jean-Philippe Guerand




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