Film français de Sophie Beaulieu (2025), avec Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France, Adèle Journeaux, Gilbert Melki, Marianne Basler, Ludovic Thievon, Éric Guerin, Victor Bonnel, Souleymane Sylla, Guillaume Clerice, Gina Jimenez… 1h20. Sortie le 22 avril 2026.
Zoé Marchal
Un homme en proie à une rupture douloureuse se dit que mieux vaut ne pas être seul que mal accompagné et jette son dévolu sur une poupée de taille humaine achetée par correspondance qui prend soudainement vie et dépasse ses plus folles espérances. Le point de départ pourrait engendrer une comédie ou un film de science-fiction à la manière du très controversé Grandeur nature (1974) de Luis Berlanga qui déclencha en son temps l’ire conjuguée du franquisme et des féministes par sa radicalité caustique. Sophie Beaulieu a l’idée judicieuse de brouiller les cartes pour nous livrer une réflexion savoureuse sur les rapports si compliqués qu’entretiennent les sexes dans un monde percuté par les mouvements à géométrie variable Woke et #MeToo confondus. Avec cette question que ne pouvait sans doute poser légitimement qu’une femme en immersion dans la libido masculine : comment gérer les nouveaux rapports amoureux engendrés par la révolution des mœurs ? Ce film malicieux et plus profond que ne pourrait le laisser supposer son point de départ doit beaucoup à la personnalité de Vincent Macaigne en incorrigible rêveur maladroit confronté à une situation absurde dont certains seraient tentés d’abuser, face à une créature fantasmatique qu’interprète la très convaincante Zoé Marchal, transfuge de la série Skam, avec une spontanéité aussi inattendue que son innocence dépourvue de vécu donc de préjugés. Son compagnon humain l’utilise d’ailleurs moins comme un objet sexuel que comme une sorte de placebo sentimental, en accueillant cette “femme idéale” comme un signe du destin rien moins que normal. Au point de ne pas se poser de questions sur ce qui lui arrive.
Zoé Marchal et Vincent Macaigne
La poupée joue habilement d’un fantasme répandu mais associé à des pratiques peu recommandables sinon déviantes. Son protagoniste n’est pourtant ni un pervers ni un fétichiste, mais plutôt un type banal dépassé par les dernières révolutions en matière de mœurs et déterminé à rebondir sur le plan affectif. Au point de ne s’étonner de rien, de ne jamais abuser de la situation et de s’ouvrir aux autres à l’instigation de cette “femme idéale“ qui a l’insigne avantage d’ignorer les préjugés, ce qui constitue une aubaine en soi dans notre univers impitoyable en proie au poison propagé par les réseaux sociaux. Elle a aussi un côté Candide par les questions innocentes qu’elle pose et son absence de préjugés plutôt rassurante. Avec en contrepoint la fille nature qu’incarne Cécile de France, mais aussi le couple formé par Gilbert Melki et Marianne Basler qui trimballe quant à lui un vécu soumis aujourd’hui à rude épreuve par la confusion des sentiments d’un monde sans pitié. Sans doute parce qu’il est réalisé par une femme, le film a le mérite de n’esquiver aucune des questions qu’il induit et de décrire joliment la carence sentimentale qu’induisent la solitude urbaine de notre monde dématérialisé et la charge des nouveaux comportements amoureux à travers la prise de risque et la mise en danger qu’ils impliquent. De là à en conclure que la pire menace qui pèse sur l’amour est humaine, cette fable douce amère se garde de toute conclusion hâtive mais a le mérite de soulever les bonnes questions, en évitant la complaisance au profit d’une vision résolument positive aux antipodes des sempiternelles leçons de morale sur la misère affective ambiante.
Jean-Philippe Guerand




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