Film américano-allemand de Gore Verbinski (2025), avec Sam Rockwell, Juno Temple, Haley Lu Richardson, Michael Peña, Zazie Beetz, Asim Chaudhry, Dino Fetscher, Dominique Maher, Mike Gassaway, Conrad Kemp, Stevel Marc, Anna Acton, Georgia Goodman, Tanya van Graan, Tom Taylor, Adam Burton, Loulou Taylor, Elly Condron… 2h15. Sortie le 15 avril 2026.
Sam Rockwell
Un homme hirsute et dépenaillé fait irruption dans un diner et explique à l’assemblée indifférente qu’il vient du futur et doit recruter des volontaires pour empêcher le pire de se produire… Circonspection des convives qui ne prennent vraiment au sérieux ce clochard délirant que lorsqu’il exhibe un aperçu de son arsenal et les somme de rallier sa croisade. Commence alors une course contre la montre destinée à empêcher l’apocalypse de la part des clients qu’il a réussi embarquer dans son délire. Car il ne s’agit là que de la énième tentative de ce quidam pour modifier le destin d’une humanité qui court à sa perte. Sous les dehors d’une comédie de science-fiction se cache un message existentiel qui lui confère toute sa singularité et se résume à une image saisissante : celle d’une foule de jeunes gens fixant désespérant l’écran de leur téléphone mobile orienté au-dessus de leur tête pour capter un réseau hypothétique. Une génération à ce point obsédée par le wifi qu’elle en est arrivée à ne plus jamais observer le monde qui l’entoure et à se comporter comme une armée de zombies, les bras tendus vers le ciel en quête de réseau, à la merci d’un leader tout puissant mais invisible qui n’a rien à envier au fameux Big Brother théorisé par George Orwell. Good Luck, Have Fun, Don’t Die (littéralement Bonne chance, amusez-vous bien, ne mourez pas) apparaît dès lors comme une comédie d’anticipation sardonique autant qu’un avertissement aux esclaves de ces écrans qui supposent de baisser la tête pour rester connectés au monde qui les environne avec leurs yeux et non à travers les écrans qui les asservissent.
Juno Temple
Rescapé de trois opus de Pirates des Caraïbes, mais capable de signer un remake du film d’horreur japonais Le cercle : Le ring (2002) ou un film d’animation aussi atypique que Rango (2011), Gore Verbinski allie ici son expertise émérite des Blockbusters au ton persifleur dont il a souvent fait usage dans le passé. Le tout au service d’un film de science-fiction plutôt audacieux dans lequel un faux prophète qui affirme venir du futur avec la force de conviction d’un clochard aviné tente de rectifier le cours de l’histoire en recrutant des inconnus pas toujours à la hauteur de leur mission. À cette nuance près que le processus se répète et qu’il n’arrive toujours pas à remplir la mission qu’il s’est assignée. Le film a le bon goût de jouer simultanément sur plusieurs registres en évitant de se répéter. Son héros que campe Sam Rockwell n’a ni le physique de l’emploi ni même la force de conviction d’un leader charismatique. Par ailleurs, il choisit ses recrues sans véritable discernement, ce qui ne leur facilite pas la tâche face à un pouvoir tout-puissant mais invisible dont rien ne semble indiquer qu’il soit de nature humaine. Le meilleur moyen d’apprécier cette course folle est de se laisser porter par ses divagations souvent jubilatoires au service d’un propos résolument actuel : comment résister au pouvoir hallucinogène des écrans et revenir à la vie réelle ? Pas question toutefois de prêchi-prêcha, mais bien d’un cri d’alerte. Reste à savoir si le public du film se recrutera parmi les accro des réseaux sociaux… Mais là, rien n’est moins sûr !
Jean-Philippe Guerand




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