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Carla Simón : mémoire vive

Carla Simón

©Jean-Philippe Guerand



La vie de Carla Simón est un roman qui a nourri son désir de cinéma. Née le 29 décembre 1986, cette réalisatrice espagnole de 39 ans est le fruit d’une époque foisonnante et tragique, ravagée par l’héroïne et le sida, qui a nourri plusieurs de ses courts et ses trois premiers longs métrages. Goya du meilleur premier film doublement couronné à Berlin, Été 93 (2017) tourné en langue catalane s’inspirait de son enfance d’orpheline élevée à la campagne. Ours d’or à la Berlinale 2022, Nos soleils mettait en scène le combat d’une famille de cultivateurs menacée d’être dépossédée de ses champs de pêchers pour y implanter des panneaux solaires. Romería a été présenté en compétition au dernier Festival de Cannes où la réalisatrice a monté les marches enceinte de son deuxième enfant après avoir allaité le premier à la Mostra de Venise 2022 en y accompagnant son court métrage Carta a mi madre para mi hijo consacré à la maternité. Elle boucle ainsi une trilogie intime à travers la rencontre d’une étudiante avec les familles biologiques loin desquelles elle a grandi. Une quête mémorielle puissante où l’espoir s’avère plus puissant que les regrets et évoque une Espagne post-franquiste où une nouvelle génération s’affranchit du poids du catholicisme tout puissant et renverse la table dressée par les précédentes dans une sorte d’effet retard des dérives post-soixante-huitardes. Avec beaucoup de victimes collatérales à la clé, mais aussi un pays convalescent foisonnant de promesses qu’incarneront au cinéma l’essor de la Movida et l’avènement de créateurs débordant d’inventivité et d’imagination. Rencontre avec une survivante qui passe le présent au crible du passé pour mieux imaginer l’avenir.



Bande-annonce de Romería de Carla Simón



L’idée de Romería est-elle ancienne ?

Elle remonte en fait à Été 93, car en entreprenant ce film, j’ai effectué une découverte douloureuse et assez frustrante qui m’a permis de constater que je ne me souvenais pas du tout de ma mère dont je ne possédais pas la moindre mémoire directe, puisque je l’ai perdue à l’âge de 6 ans. Finalement, tous les détails que je pouvais recueillir à son sujet étaient les récits que mon entourage m’en confiait. J’ai donc passé l’essentiel du processus de fabrication de ce film à me dire que lorsqu’on ne possède pas le moindre souvenir, il est impossible d’en engendrer et de s’inventer une mémoire. On en est réduit à se contenter du récit des autres. Or, il me manquait ce lien direct avec ma mère pour pouvoir l’explorer et parvenir à construire quelque chose autour qui s’est greffé sur une sorte de trésor que je possédais d’elle, à savoir sa correspondance. Quand elle était jeune, elle a écrit des lettres à des membres de sa famille et à des amis. C’est donc ce lien particulier que j’entretenais avec elle qui m’a inspiré le besoin de réaliser un court métrage dès 1993. Je suis allée dans les endroits où elle avait écrit ses lettres et j’ai filmé ces lieux vides en partant de ses mots. Il s’agissait là d’une première tentative de renouer avec la mémoire de ma mère, à travers sa voix, mais il me restait tout de même un goût d’inachevé. Je me disais qu’il me fallait aller plus loin et explorer davantage, notamment en trouvant des images qui soient à la mesure de la portée poétique de cette correspondance. Ces lettres étaient d’une extrême richesse, très puissantes, et composaient un véritable portrait de cette génération. Donc je me suis dit qu’il fallait en réalité que je consacre un film à la mémoire, d’autant plus qu’à la sortie d’Été 93, très vite je me suis rendu compte que cette histoire qui m’était très personnelle dépassait mon propre cas et celui de ma famille, puisque partout, au cours des rencontres et des débats auxquels nous participions après les projections, il y avait systématiquement quelqu’un qui intervenait pour dire que cette histoire était aussi la sienne. C’était donc toute une génération en Espagne qui avait été sacrifiée ainsi, sans obtenir pour autant la moindre reconnaissance, et je me suis rendu compte qu’il fallait procéder à un travail un peu plus élaboré et plus profond autour de la mémoire. J’ai tourné entre-temps Nos soleils dont le sujet me paraissait plus évident à traiter et que je percevais plus clairement ce que j’avais l’intention de faire. Mais comme ce projet a été différé d’un an en raison de la pandémie de Covid-19, j’ai mis à profit cette période pour me remettre à l’écriture de Romería, ce film sur la mémoire qui me trottait dans la tête depuis un certain temps. Tous ces reports combinés avec le fait que ces années qui se sont écoulées m’ont permis de prendre davantage de confiance et aussi une plus grande liberté. Finalement le projet a gagné en audace, sans doute en raison du temps qui s’est écoulé depuis le moment où j’ai ressenti la nécessité de le mener à bien.


Est-ce qu’une pandémie en a nourri une autre et que le Covid a déclenché de votre part la nécessité d’évoquer le sida, comme dans un miroir ?

Certainement. D’autant plus que mes deux grands-parents paternels, les parents de mon père biologique qu’on voit dans le film, sont eux-mêmes décédés du Covid. C’était d’autant plus incroyable de se dire que ces gens qui ont eu tant de mal à accepter la disparition de leur fils des suites d’une épidémie comme le sida sont eux-mêmes décédés à leur tour d’une pandémie, mais qui, pour le coup, n’était pas empreinte de ce tabou ni de cette stigmatisation honteuse. Pour ma part, je me suis toujours interrogée sur les raisons pour lesquelles le sida est considéré comme une maladie honteuse que l’on attrapait en ayant fait quelque chose de mal, alors que pour le Covid, il suffisait de respirer pour être contaminé. Qu’était-ce que ce vice auquel tout le monde s’était adonné dans sa vie et pourquoi stigmatisait-on à ce point cette maladie ? Il se trouve qu’il y a eu en outre une espèce d’effet miroir troublant. En l’occurrence, en Espagne, le sida est étroitement associé au fléau de l’héroïne. C’est vraiment à cette drogue qu’on rattache cette maladie et le tabou qui pesait sur elle, dans la mesure où toute une jeunesse s’est engouffrée dans cette vague de libération au moment de la transition démocratique et a consommé ces drogues sans en mesurer le moins du monde les conséquences. Le sida a ainsi pesé sur leur destin et sur leur mort à travers ce double tabou associé à une stigmatisation.



Bande-annonce d’Été 93 de Carla Simón



Vos trois films ont en commun d’observer la vie avec un certain optimisme, en tout cas sans pathos. S’agissait-il pour vous d’une intention déterminante ?

François Truffaut affirmait que “ les films de demain nous ressembleront, ils représenteront ce que nous sommes ” et il me semble en effet que quand les films sont faits avec honnêteté et sincérité, ils reflètent votre perception de l’existence. J’aime à me considérer comme quelqu’un de plutôt optimiste, qui célèbre résolument la vie. Et puis, je suis aussi issue d’une très grande famille et même de plusieurs grandes familles. Et quand on est à ce point nombreux et qu’on vit parmi une telle multiplicité, on vérifie l’adage qui dit que les peines se divisent, mais que les joies se multiplient. Quand vous ressentez un chagrin et que vous êtes malgré tout dans cet accompagnement et ce partage, il y a une façon d’arriver à dépasser ça et de se retourner vers la vie, à faire un pas de côté, à avoir recours à l’humour et à prendre un peu de recul, même si chacun fait comme il peut. Après tout, le monde est suffisamment horrible et triste en soi pour que nos petites tragédies personnelles ne nous cachent pas la vue et que nous puissions malgré tout faire le choix de regarder en direction de la lumière et de la vie. Ces films reflètent finalement la façon dont j’ai vécu dans ma famille, mon histoire et mon foyer.


Concernant la méthode que vous avez utilisée, vous avez fait beaucoup de répétitions avec les comédiens en amont du tournage. Était-ce pour obtenir plus de souplesse et de légèreté au moment du tournage ?

Ça me paraît absolument nécessaire parce que, jusque-là, j’ai consacré des films à la famille. Et la famille, ce sont les gens avec qui on a grandi et avec lesquels on vit depuis toujours, à l’exception du personnage principal de Romería. Donc nous possédons une mémoire et un passé communs, avec beaucoup de choses non dites que l’on partage. Donc, quand j’écris un scénario et que je choisis un acteur, je ne peux pas me contenter de l’asseoir à une table et de lui dire : “ Voilà ta biographie ! ” Plutôt que de lui donner ce savoir ou de lui confier cette information, je préfère compter sur ce en quoi je crois beaucoup, en l’occurrence la mémoire émotionnelle. Et donc lorsque je fais répéter un interprète, je lui fais vivre vraiment des moments censés précéder l’histoire que raconte le scénario du film. Donc tous ces gens développent vraiment des relations et des expériences communes, une mémoire collective qui fait qu’une fois sur le plateau, cette relation existe déjà et que tout ce qu’ils vont dire et jouer s’inscrit dans cette justesse qu’ils ont déjà trouvée ensemble pendant les répétitions. Cela engendre donc une sorte de prequel du film qu’on va tourner. Nous avons réalisé récemment un montage des répétitions préalables aux trois films que nous avons présenté à la Cinémathèque catalane. C’était très émouvant de découvrir a posteriori comment chacune de ces trois familles s’est constituée au fil de ce travail préparatoire. En effet, une fois sur le tournage, nous suivons le scénario, mais je ne demande jamais aux acteurs de le lire et surtout pas de l’apprendre. Parce que même si les acteurs ne sont pas des scénaristes, une fois qu’ils possèdent déjà cette expérience commune, tout ce qu’ils improvisent est forcément dans le ton et la justesse de ce que nous avons déjà préparé ensemble, ce qui est la meilleure façon de les mettre au diapason.



Bande-annonce de Nos soleils de Carla Simón



Y a-t-il eu une grande évolution entre le scénario et le montage de Romería ?

Il n’y a eu que très peu de modifications. Évidemment, il se produit toujours des choses inattendues pendant le tournage, mais ça ne change fondamentalement pas grand-chose. Le film est déjà bien installé, avec l’objectif qu’on cherche à atteindre constamment en ligne de mire et je préserve attentivement et jalousement certains détails dont je refuse de me passer : des gestes, des mots et des faits très précis. Ça m’amuse qu’on dise parfois de mes films que ce sont des documentaires dénués de scénario, alors que je tiens beaucoup à cet aspect de fluidité et à certaines libertés. Il y avait quelque chose d’assez libre dans la structure d’Été 93 et de Nos soleils qui permettait aussi de prendre des décisions au montage. Il s’agissait de deux voyages émotionnels qui suivaient la transformation des personnages, alors que dans Romería, il fallait aussi maintenir cette dimension qui consistait à vraiment se déplacer d’un personnage à l’autre. Mais malgré tout, il y avait des associations, des ajustements ou un peu de nettoyage qui consistaient à enlever des scènes au montage pour des questions de rythme et de fluidification, tout en conservant toujours la même charpente.


Qu’est-ce qui vous a paru le plus difficile sur ce film en particulier ?

Avant tout, la dimension fantastique de l’épisode onirique du film, par rapport à mes deux opus précédents solidement ancrés dans le réel. J’avais vraiment cette espèce d’engagement par rapport à la dimension résolument réaliste du film et je prenais le pari qu’il avance et donne l’impression de se terminer, alors que soudain un autre film commence et qu’il y a un film dans le film sur un terrain complètement nouveau et inconnu pour moi : un fantastique qui prend des libertés, s’avérait très réjouissant et m’a fait me sentir extrêmement libre. J’ai adoré pouvoir explorer ce terrain nouveau sur le plan cinématographique, mais c’était aussi un pari que le public suive et accepte cette bifurcation en cours de route. L’autre difficulté, paradoxalement, c’était la question du texte et de la parole. Dans mes films précédents, même s’il y avait des choses qui étaient dites et d’autres qui étaient communiquées par les personnages, c’était toujours de façon assez subtile et implicite. Alors que là, certaines informations n’étaient fournies que par les protagonistes. Il était évident que quand Marina allait à la rencontre de ses oncles et de ses tantes, ces personnes lui transmettaient des informations, donc une attention particulière était portée à la parole. Et il m’était difficile de savoir comment filmer cela de façon intéressante et que cette dimension un peu littérale, un peu explicite du dialogue n’enlève pas quelque chose à ma façon habituelle de mettre en scène et de créer le film en faisant confiance aux dialogues et aux acteurs afin de laisser éclore cette nouvelle facette de mon cinéma.



Llúcia Garcia dans Romería



Avez-vous l’impression de d’appartenir à une famille au sein du cinéma espagnol ou vous sentez-vous un peu à part ?

Je fais absolument partie de cette famille et je m’en réjouis. Je m’estime vraiment privilégiée de vivre à une époque où s’expriment des voix très différentes, des recherches et des sensibilités différentes qui nourrissent la richesse et la diversité du cinéma espagnol contemporain. Après s’être longtemps cherché et inventé, il manifeste aujourd’hui cette variété, cette vitalité et aussi un sentiment de partage très bénéfique. À Barcelone où j’habite, nous formons un groupe de cinéastes qui nous soutenons, lisons les scénarios les uns des autres, nous retrouvons, dînons ensemble, nous soumettons nos montages respectifs et partageons donc à plusieurs cette aventure parfois un peu lourde et solitaire que peut constituer le fait de porter un projet de cinéma. Là, nous avons le sentiment de le partager et puis aussi de nous réjouir des succès des uns et des autres, car il n’y a pas si longtemps que le cinéma espagnol s’exporte à ce point. Et donc là, quand un film remporte un succès, il nous met aussi du baume au cœur à nous tous, donc c’est à la fois stimulant et très agréable d’appartenir de cet élan collectif.


Avez-vous des cinéastes de référence qui vous aient donné envie de devenir réalisatrice ?

Victor Erice a été un cinéaste très important pour moi quand j’ai découvert son cinéma alors que j’étais étudiante. Ses films m’ont beaucoup marquée et inspirée. Par la suite, Agnès Varda est vraiment devenue un phare à mes yeux. Son rapport, sa recherche, la dimension ludique de son cinéma et son féminisme m’ont vraiment beaucoup guidée. Tout le néo-réalisme italien m’a également servi de référence. Dans le cinéma d’aujourd’hui, Lucrecia Martel est quelqu’un dont j’apprécie énormément le regard et la façon de faire du cinéma. Récemment, j’ai rencontré Mia Hansen Løve à Barcelone et notre conversation s’est avérée incroyable. Il était très touchant de constater combien nous possédons de points communs.


Est-ce que la réalisation de Romería vous a fait du bien ?

C’est un film qui m’a fait beaucoup de bien, dans la mesure où il est né de ma frustration de ne pas pouvoir connaître l’histoire de mes parents et m’a permis de réaliser l’éventualité d’inventer une histoire possible et puis de cesser de me soucier de la fidélité des souvenirs, c’est-à-dire à quel point ne pas trop compter sur la mémoire, prendre un peu de distance et de légèreté vis-à-vis de celle-ci, en sachant et en reconnaissant à quel point elle est sélective, personnelle et subjective, mais aussi à quel point elle est peu fiable. Donc c’est vraiment à travers ce travail et le rôle qu’a joué le cinéma dans l’invention de cette histoire dont j’ai réussi en quelque sorte à me détacher, en faisant la paix avec mon passé et ce que je savais, mais aussi ce que j’ignorais. Ce n'était pas bien grave de ne pas savoir et ça inventait une histoire, ce qui était tout aussi valable pour savoir qui on était. Et puis, c’est assez intéressant qu’à cette phase ait correspondu la venue au monde de mon deuxième enfant, ce qui m’a permis en quelque sorte de boucler une boucle, d’achever un chapitre où j’étais dans le rôle de la nouvelle génération. Et maintenant que je suis une mère, je peux faire la paix avec le passé et me tourner vers l’avenir.


Connaissez-vous déjà le sujet de votre prochain film ?

Je vais réaliser une comédie musicale au rythme du flamenco, ce qui, pour le coup, est un territoire extrêmement nouveau que je me réjouis d’explorer…

Propos recueillis par

Jean-Philippe Guerand








Mitch et Llúcia Garcia dans Romería

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