Karavan Film tchéco-slovaquo-italien de Zuzana Kirchnerová-Spidlova (2025), avec Aňa Geislerovà, David Vostrčil, Juliána Brutovská, Jana Plodková, Mario Russo, Giandomenico Cupaiuolo, Stefano Cenci, Lea Cirianni, Oscar de Summa, Michele Abbondanza, Lady Maru… 1h43. Sortie le 22 avril 2026.
Aňa Geislerovà et David Vostrčil
Une mère célibataire emmène en vacances son fils unique en Italie à bord de la caravane familiale. Au fil de ce Road Movie, elle va profiter de quelques moments d’insouciance, tandis que l’adolescent affecté d’un handicap vit lui aussi un été de puberté pas vraiment comme les autres et que ce tandem parfois au bord de la crise de nerfs cohabite avec une routarde sans attaches qui les fascine par la liberté qu’elle incarne. Le premier long métrage de Zuzana Kirchnerová-Spidlova, transfuge de la prestigieuse Cinéfondatrion, revendique son caractère autobiographique et trouve constamment le ton juste pour tirer de son postulat de départ une réflexion universelle qui s’attache davantage à la personnalité de ses protagonistes qu’à une intrigue ponctuée de rebondissements artificiels. La réalisatrice a nourri son scénario de son propre vécu et trouve constamment le ton juste en brassant des thèmes délicats mais universels. Comment élever un enfant handicapé ? Comment gérer un adolescent confronté à des pulsions qui le dépassent ? Comment concilier son rôle de mère avec ses aspirations de femme mûre ? Bref, comment mener une vie à peu près normale en goûtant un peu d’insouciance le temps des vacances ? Et l’amour dans tout ça ? Toutes ces questions, le scénario y répond sans essayer de se dérober, ni pratiquer la moindre surenchère hystérique ou mélodramatique. Parce qu’elle porte ce sujet dans sa chair, Zuzana Kirchnerová-Spidlova ose en aborder les facettes les plus intimes sans jamais essayer de manipuler le spectateur. Elle règle ce pas de deux avec une justesse et une pudeur de tous les plans, sans abuser de certaines situations pourtant propices à des confrontations spectaculaires. Son propos est autre. Il vise à souligner la puissance de la résilience face à une situation tragique mais qui n’a aucune chance de s’améliorer.
Juliána Brutovská, David Vostrčil et Aňa Geislerovà
Caravane est la chronique d’une situation presque ordinaire : celle de deux êtres condamnés à cohabiter dans une relation fusionnelle dont on devine qu’elle n’a pas toujours dû être facile ni harmonieuse. Là où d’autres se replieraient sur eux-mêmes par gêne ou par commodité, la mère s’efforce de mettre à profit la période des vacances pour offrir un peu de normalité à son fils à un âge où il est fondamental d’interagir avec le monde extérieur pour se sociabiliser. Avec aussi la difficulté qu’il y a à aimer à l’adolescence quand on a trop peu confiance en soi pour assumer des sentiments que les vacances condamnent à l’éphémère. Le casting s’avère ici déterminant par son alchimie et son équilibre. Aux comédiennes chevronnées que sont Aňa Geislerová et Juliána Brutovská, la réalisatrice associe un jeune homme handicapé (David Vostrčil) dont elle assume et même exploite certaines réactions imprévisibles autant que la fraîcheur incomparable des non-professionnels, sans jamais le donner en pâture. Au point que son handicap n’est jamais mis en pâture, tant l’un et l’autre l’ont intégré à leur vie. L’expérience personnelle de la cinéaste y est sans doute pour beaucoup. Elle témoigne par ailleurs de la souplesse de sa direction d’acteurs, refuse de se laisser griser par le naturalisme souvent de mise sur le registre de l’étude de mœurs et s’autorise même çà et là quelques séquences de pur cinéma vérité où affleure une confiance revigorante dans le pouvoir que le cinéma a parfois de transcender les situations les plus anodines. Avec ce film solaire qui refuse de prendre le spectateur en otage, Zuzana Kirchnerová-Spidlova accomplit une entrée fracassante dans la cour des grands.
Jean-Philippe Guerand




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