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“Une jeunesse indienne - Homebound” de Neeraj Ghaywan



Homebound Film indo-français de Neeraj Ghaywan (2025), avec Ishaan Khatter, Vishal Jethwa, Janhvi Kapoor, Shalini Vatsa, Pankaj Dubey, Harshika Parmar, Chandan Anand, Daddi Pandey, Shreedhar Dubey, Tushar Phulke… 1h59. Sortie le 25 mars 2026.



Ishaan Khatter et Vishal Jethwa



Le cinéma indien fut longtemps partagé par une ligne de démarcation infranchissable entre l’usine à rêves de Bollywood et une poignée d’émules de Satyajit Ray souvent plus reconnus à l’étranger que prophètes dans leur propre pays. Les lignes ont considérablement bougé pour concilier désormais les vertus du cinéma d’auteur avec une consécration internationale qui passe par des sujets transversaux où n’importe qui peut se reconnaître à travers des sources d’inspiration universelles et des coproductions occidentales sinon souvent européennes qui autorisent davantage d’audace dans le choix des thématiques et leur traitement. À l’instar du film Shameless (2024), de nationalité bulgare et tourné au Népal, qui décrivait la descente aux enfers d’une prostituée avec une audace inconcevable dans le contexte de l’Inde contemporaine soucieuse de renvoyer au monde une apparence de carte postale malgré les turpitudes, affrontements inter-ethniques et autres féminicides collectifs dont elle est régulièrement le théâtre. Tel est le cas du deuxième long métrage de Neeraj Ghaywan, révélé il y a une dizaine d’années par Masaan qui lui avait valu symboliquement le prix de l’avenir dans le cadre de la section cannoise Un certain regard. Soutenu par Martin Scorsese et coproduit par Mélita Toscan du Plantier, Une jeunesse indienne - Homebound met en scène l’amitié indéfectible de deux aspirants policiers du Nord de l’Inde qui comptent sur cette promotion sociale pour goûter à une vie meilleure. À travers ces destinées individuelles, le film entend mettre en évidence le poids du déterminisme dans une structure de castes écrasée par l’invisibilisation où la mobilité sociale reste un leurre brandi comme un totem.



Ishaan Khatter et Vishal Jethwa



En choisissant de mettre en scène une amitié d’enfance confrontée aux réalités de la vie, Neeraj Ghaywan s’attache aux ravages du déterminisme dans un pays en proie à des coutumes ancestrales qui entravent sa pleine intégration au concert des nations. Un thème devenu récurrent dans le cinéma indien soucieux par ailleurs de témoigner de la perméabilité de cette société à des problématiques aussi spécifiques que le féminisme, la transsexualité ou la mondialisation. Au point que l’individu s’y trouve parfois soumis à la loi d’un collectif dans lequel les nouvelles générations se reconnaissent de moins en moins. Une jeunesse indienne - Homebound confronte le rêve à la réalité sans jamais se montrer démonstratif. Il le doit nettement à une évidence : la complicité de longue date qui lie les deux protagonistes de cet anti-Buddy Movie et va se trouver soumise à rude épreuve par les événements dans un univers où il est déconseillé d’essayer d’échapper à sa condition et plus encore de tricher sur ses origines. Même si c’est pour des raisons légitimes. Ce pur film d’apprentissage repose autant sinon davantage sur ce qui sépare ses protagonistes, l’un de confession musulmane, l’autre issu d’une caste inférieure, que sur leur amitié de toujours. Avec cette utopie que représente la constitution de 1949 non appliquée dans les termes, notamment en ce qui concerne la discrimination, avec pour conséquence une alternative implacable : entrer dans l’administration où émigrer vers le Golfe persique. Le constat est sans appel, le film baigné d’humanité à l’instar de la personnalité d’Ishaan Khatter et Vishal Jethwa.

Jean-Philippe Guerand






Janhvi Kapoor et Vishal Jethwa

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