Project Hail Mary Film américain de Phil Lord et Christopher Miller (2026), avec Ryan Gosling, Sandra Hüller, Milana Vayntrub, Lionel Boyce, Ken Leung, Liz Kingsman, Orion Lee, Aaron Neil, James Wright, Alice Brittain, Bastian Antonio Fuentes… 2h36. Sortie le 18 mars 2026.
Ryan Gosling
Un homme hirsute émerge du coma artificiel dans lequel il a été plongé, à bord d’un vaisseau spatial à la dérive dans lequel il est seul. Il recouvre peu à peu ses esprits et entrevoit les raisons de sa présence dans ce qu’il estime être la banlieue lointaine de Jupiter. Il y remarque bientôt la présence d’une sorte de caillou bizarre qui paraît s’adresser à lui en agitant ce qui ressemble à des membres. Une sorte de créature extra-terrestre avec laquelle il entreprend de tisser des liens en mettant à profit des ressources scientifiques insoupçonnées en guise de système D de substitution. Une complicité s’établit peu à peu grâce à la technologie que le Terrien applique à son visiteur sans visage, mais non dénué d’expressions, notamment en traduisant en mots son langage et ses sentiments et en testant diverses voix de synthèse pour les exprimer, dont celle de… Meryl Streep. Les réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller émergent en quelque sorte de leur zone de confort (très relative !) pour contribuer à un film de science-fiction atypique où ils ont la charge redoutable de donner vie à un extra-terrestre rocailleux, face à un astronaute lui-même hors-normes puisqu’il s’agit à l’origine d’un professeur recruté contre son gré pour cette mission à laquelle rien ne l’avait prédisposé, sinon des compétences scientifiques hors du commun, peu ou pas d’attaches personnelles et une capacité à rêver peu répandue dans ce milieu.
Ryan Gosling
Projet dernière chance emprunte aux plus grands classiques du cinéma de SF, de 2001 : L’odyssée de l’espace (1968) à Alien (1980), en passant par Interstellar (2014) et Ad Astra (2019), avec une douceur de tous les instants qui tranche avec le pessimisme de rigueur habituellement. La greffe de l’univers des créateurs de Tempête de boulettes géantes et de La grande aventure Lego fonctionne parfaitement et représente une authentique revanche pour le tandem évincé en 2017 pour “divergences créatives” de Solo : A Star Wars Story. Le tour de force est d’autant plus remarquable que le scénario se présente comme une transposition spatiale de “Robinson Crusoë” qui repose sur la confrontation de l’astronaute solitaire campé par Ryan Gosling avec ce Vendredi baptisé Rocky dont l’amoureuse se prénomme comme il se doit… Adrian. Le tout ponctué de quelques flashbacks destinés à expliquer comment on a bien pu en arriver là, dans lesquels la comédienne allemande Sandra Hüller incarne une patronne de mission droite dans ses bottes, alors que l’apocalypse menace… Le cœur du film reste toutefois concentré sur la relation qui s’établit entre le Terrien en perdition et son visiteur d’un autre monde trop heureux de trouver un compagnon de jeu aussi accueillant. Fruit d’une centaine de jours de tournage en solo pour Ryan Gosling qui a réquisitionné ses filles pour le rassurer. Malgré quelques ingrédients en commun, le propos du film diverge profondément de la noirceur des classiques de science-fiction dans lesquels l’optimisme est rarement de mise. Embarqué dans cette odyssée qui n’a plus vraiment de raison d’être dès lors que tout contact avec la Terre est coupé, le miraculé substitue aux impératifs de sa mission son instinct de survie en profitant de tous les instants de sa cohabitation avec son nouvel ami. Dommage toutefois que le montage ne soit pas plus rigoureux. Ces deux heures et demie frisent parfois purement et simplement la complaisance.
Jean-Philippe Guerand




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